29 février 2012

Stoner, John Williams


Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père, et au prix de quels sacrifices, pour y étudier l’agronomie.
Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit. Il déçoit les siens, devient professeur, se voue corps et âme à la littérature, sert ses étudiants, assiste impuissant aux ravages causés par une terrible crise économique et deux guerres mondiales, se trompe d’histoire d’amour et finit par renoncer au bonheur. Tout cela l’entame, mais rien ne le diminue : il lit.
Célébration d’une âme droite enchâssée dans un corps que la vie a très tôt voûté, voilà le récit d’une vie austère en apparence, ardente en secret.
Waouh !

Stoner est un roman que j'ai remarqué plusieurs fois en librairie. Malgré la mention accrocheuse "lu, aimé et librement traduit par Anna Gavalda", j'ai l'impression que ce récit est resté assez confidentiel ; j'en ai vu peu de critiques sur Livraddict et sur la blogosphère en général. Ce n'est pas un roman vers lequel je me serais dirigée spontanément car je trouve la couverture assez austère. Je reconnais qu'elle possède un certain charme, et qu'elle est même intrigante (impression renforcée par l'absence de résumé sur la 4° de couverture) mais que voulez-vous, je dois être habituée aux graphismes tapageurs des ouvrages jeunesse !

J'ai décidé pourtant de tenter l'expérience après que ma collègue Isabelle me l'a mis entre les mains avec cette petite phrase : "une lectrice très difficile vient de le rendre, elle l'a trouvé superbe". Sans savoir vraiment dans quoi je m'embarquais, j'ai attaqué la lecture... De prime abord, Stoner m'a fait pensé à Freedom, de Jonathan Franzen. J'ai en effet trouvé que ces deux récits présentaient plusieurs similarités (bien qu'ils soient au final très différents) : une chronique américaine de vie(s) envolée(s), les regrets, la tristesse et la mélancolie... Comme Freedom, Stoner est marquée par une certaine lenteur ; les descriptions y tiennent une place très importante, qui pourra en décourager plus d'un. J'ai trouvé en revanche la plume de John Williams beaucoup moins lourde que celle de Jonathan Franzen, à qui j'avais déjà reproché la longueur épuisante de son récit.

Plus j'avançais dans la lecture, et plus j'étais frappée par l'incroyable banalité de la vie de William Stoner.  Comprenez bien que je dis cela sans une once de reproche, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Mâtiné de satire sociale et d'ode à la littérature, Stoner est avant tout le récit du temps qui passe, de la vie qui s'écoule.  Loin d'être complètement ratée, celle de Stoner déroule néanmoins son cortège de petites erreurs, d'actes manqués, de volontés étouffées et de paroles regrettées. Cette existence est bien marquée par quelques coups d'éclat, que le narrateur chérit mais qu'il est incapable de maîtriser. Spectateur de sa propre existence, il s'y noie peu à peu, regarde sa jeunesse s'en aller avec une acuité terrible. Car voilà la vraie malédiction de ce paysan devenu enseignant : il est parfaitement lucide, y compris dans ses derniers instants, et est donc à même de saisir toute la cruelle l'ironie de son triste sort.

John Willams signe avec pudeur, style, inexorabilité et habileté un roman à la fois triste et beau, empli de la conscience du temps qui passe et de l'urgence de vivre. On ferme Stoner le cœur serré, profondément ému, plein d'une énergie renouvelée pour croquer la vie à pleine dent.

Stoner, John Williams
Éditeur : Le Dilettante
Paru en 2011
380 pages
25 €
ISBN 978-2-84263-644-9
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9 mot(s) doux:

lejardindenatiora a dit…

Ton billet me fait envie, il n'y a qu'une chose qui me chiffonne : la mention "librement traduit". Pour moi qui ai fait des études de traduction ça me rebute un peu, et je vais plutôt essayer de voir si je le trouve en VO. Merci pour ce billet en tout cas :)

Alex Mot-à-Mots a dit…

Troisième avis plus que positif pour ce roman. Il va devenir incontournable.

Plume a dit…

Rhaaa tu me tentes !!

laeti (histoires-de-livres) a dit…

Comme tu dis, la couverture ne donne pas envie... Première fois que j'entends parler de ce livre, mais certainement pas la dernière alors... Je note ce titre dans un petit coin.... :)

agathe a dit…

Très belle chronique!
Je l'ai lu il y a peu et j'ai adoré!

Anou a dit…

J'avais entendu parler de ce livre à la radio, mais c'est vrai qu'il n'y a pas eu beaucoup de bruit autour de sa sortie en France. Peut-être parce qu'il est sorti en anglais dans les années 60 mais n'avait jamais été traduit en français depuis...
En tout cas, ton avis me donne envie de m'y intéresser de plus près !

Frankie a dit…

Une amie me l'a offert pour mon anniversaire, il ne me reste plus qu'à trouver du temps pour le lire.

Joanna a dit…

Un livre qui me tenterait bien, je le note! Ton blog est vraiment un pur délice. Bises

Frankie a dit…

Ça y est je l'ai lu et en relisant ton avis, il reflète parfaitement ce que j'en ai pensé aussi, sur la banalité de la vie de Stoner qui pourtant ne nous ennuie jamais. C'est vraiment un excellent livre !

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