13 septembre 2013

Mike Attack ! [3] : Dieu et nous seuls pouvons, Michel Folco


La chronique de Mike

Dieu et nous seuls pouvons.
Les Très-Édifiants et Très-Inopinés Mémoires des Pibrac de Bellerocaille
Huit générations d'exécuteurs.

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Quelques mots sur l'auteur :

Michel Folco est quelqu'un d'assez discret, il est assez difficile de trouver des infos a propos de lui, même sur le Net, et les notices biographiques de ses livres se réduisent au minimum (donc à l'essentiel au final). On sait de lui qu'il est né à Albi (Tarn) en 1943. Après des études qu'il qualifie de « consternantes », il travaille comme photographe pour l'agence new-yorkaise Black Star, les Éditions du Pacifique à Papeete, puis les agences Gamma et Sipa à Paris. Dieu et nous seuls pouvons est son premier roman. Michel reçoit le Prix Jean d’Heurs du Roman Historique en 1995 pour son second roman Un loup est un loup.

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Macarel, v'la l'bourrel !

Je l'avais déjà brièvement évoqué, Michel Folco occupe la plus haute marche sur le podium de mon Rock'n'Roll Hall of Fame de la littérature. Pour vous donner un exemple, le roman que je vous propose aujourd'hui est un de mes rares bouquins que je lis AU MOINS une fois par an... Au moins...

La première fois que j'ai lu Dieu et nous seuls pouvons, j'adorais ce que j'étais en train de lire et en même temps j'avais un énervant sentiment de déjà-vu, comme si je l'avais déjà lu. Et je me disais que c'était impossible d'avoir oublié un si bon livre ! La révélation m'a explosé à la face lors d'un paragraphe ou le déjà-vu à atteint son paroxysme : Dieu et nous seuls pouvons est le roman dont est tiré le film Justinien Trouvé ou Le Bâtard de Dieu, film historique français qui m'avait fait beaucoup d'effet à l'époque.


Nous sommes en 1683. Justinien Pibrac, jeune homme candide, atterrit par amour et par erreur dans les cachots de Bellerocaille, condamné à 20 ans de galères. Parce qu'un ignoble individu à commis un crime atroce, cas sans précédent d'« infanticide culinaire », parce que Bellerocaille ne dispose pas d'exécuteur des hautes œuvres assermenté, et parce que personne d'autre n'accepte d'être mêlé à ça, Justinien va se voire faire une offre qu'il n'a pas vraiment le choix de refuser : exécute notre criminel et tu seras gracié. Sinon...

Sur les conseils de son geôlier, qui lui ouvre les yeux sur le fait que « le seul moyen de survivre à 20 ans de galères, c'est d'être un bon rameur », c'est donc la mort dans l'âme que notre héros s'acquitte de cette lourde besogne. Lorsque le Seigneur de Bellerocaille lui propose par la suite d'être exécuteur à plein temps, c'est à moitié forcé et contraint que Justinien accepte d'embrasser cette fonction qui fera de lui le membre fondateur d'une longue et fameuse dynastie de bourreaux.

Les Fourmis, Le Nom de la Rose, Candide, Les Visiteurs, sont autant de références qui vous viendront à l'esprit. On apprécie chez l'auteur l'usage de ses talents de photographe, tant les images vous sautent au visage quand vous parcourez ce bouquin, dont certains passages et dialogues sont même agréablement orientés bande dessinée.

Mais Dieu et nous seuls pouvons est d'abord un vrai roman d'aventures, qui couvre deux périodes : fin de la Renaissance pour la première partie, début XXème jusqu'à l'aube de la première guerre mondiale pour la seconde. Truffé de situations épiques et de personnages idem, servis par un langage imagé et étudié pour coller à l'époque, c'est un bijou d'humour et d'humour noir. On s'esclaffe souvent, on se marre franchement mais attention, Michel Folco ne fait pas non plus n'importe quoi. En véritable érudit, il sait de quoi il parle, et bien malin qui distinguera le vrai du vraisemblable. Vous croyez les adorateurs du Saint-Prépuce fruits d'une imagination débordante ? Vous n' y êtes pas. Vous croyez les lieux, les lois, les techniques, les mots, les vêtements nés d'une plume aguicheuse ? Vous n'y êtes pas -complètement- non plus. Le conteur et l'enquêteur sont indissociables. Ajoutons à cela que Folco s'est développé son propre univers avec des personnages dont on pourra même suivre la descendance dans les annexes à la fin du livre, qui se révéleront d'ailleurs utiles à ceux qui se sentiraient perdus dans le vocabulaire d'époque.

On est fascinés de voir de près ce que pouvait être la vie d'un « bourreau ». Exit le sombre individu muet, taillé comme une armoire et qui porte une cagoule. Exit le fameux pain auquel il donne son nom. On s'apercevra bien vite que ces clichés, et d'autres, sont le fruit d'une hypocrisie édifiante de la société de l'époque, qui exigeait que la justice donne un spectacle exemplaire, qui venait en masse pour applaudir la prestation de l'exécuteur, puis qui le jaugeait la minute d'après, l'obligeait à s'habiller de manière suffisamment reconnaissable pour pouvoir changer de trottoir à temps, et même forçait par décret les familles de bourreaux à l'autarcie la plus totale. Et là où Folco touche au but, c'est qu'il ne s'amuse pas à prendre le parti d'un héros torturé par cette condition. Au contraire, les Pibrac de Bellerocaille se servent de l’orgueil comme carapace, du culot comme arme, de la fierté comme garant de longévité. On est même parfois presque tenté de ne pas les aimer, mais c'est impossible.

Si il fallait trouver un point négatif à ce roman, on pourra parler d'une certaine tendance à l'égarement. La trame est souvent interrompue, à l'instar de La cité de la Peur : untel personnage entre en scène, et PAF ! on a droit à 15 pages de biographie avant de revenir à l'histoire. Ou encore untel personnage passe devant untel monument, et PAF ! on a droit à 10 pages d'histoire ou d'anecdotes. C'est parfois très mal agencé et même un peu copieux. Mais c'était son premier roman, et de toute façon cela ne gâche en rien le talent de conteur de Folco, certains de ces passages intempestifs comptent même parmi les meilleurs, ne serait-ce que l'enfance et l'adolescence de Justinien Pibrac Ier.

Si jamais d'aventure vous lisez et aimez Dieu et nous seuls pouvons, il est bon de savoir que Folco a, par la suite, entamé une superbe saga ou les nouveaux personnages croisent souvent la route des Pibrac de Bellerocaille, et qui compte à l'heure actuelle trois volume que je vous recommande chaudement : Un loup est un loup, En avant comme avant et Même le mal se fait bien.

Amis lecteurs...

Dieu et nous seuls pouvons, Michel Folco
Éditeur : Éditions du Seuil
Collection : Points
Paru en 1991
324 pages
7.20 €
ISBN 2-02-090128-5

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