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27 janvier 2014

Le photographe (1), Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre & Frédéric Lemercier


"D'un même élan, d'une même foulée, on attaque notre premier col. C'est la montagne-frontière, le Dewana Baba, le col du vieux fou. 5 000 mètres. On m'a prévenu que ce ne serait pas une partie de plaisir. Effectivement, c'est très pénible. Toute la nuit, on grimpe au pas de charge un tas de cailloux sans fin qu'on ne voit pas. Tandis que ma raison me répète en boucle que je ne vais pas y arriver, mes pieds continuent d'avancer. Il fait de plus en plus froid. Vers cinq heures, l'aube point. Saoul de fatigue, au passage du col, je dois avouer qu'au fond de moi, je me demande ce que je fous là. Et comme d'habitude, je me réponds en prenant des photos."

Waouh !

1986. Didier Lefèvre, photographe, s'associe à une mission de Médecins Sans Frontières (MSF). Pendant plusieurs mois, ils vont traverser plus ou moins clandestinement le Pakistan et l'Afghanistan, alors occupés par l'URSS, afin de porter secours aux populations locales. De retour en France, il s'associe à son ami dessinateur Emmanuel Lefèvre pour raconter cet incroyable périple. Le mois du documentaire se poursuit sur K.BD, et c'est avec des pépites comme celles-là, que je n'aurais pas ouvert spontanément, que je mesure tout l'enrichissement et l'ouverture d'esprit que l'appartenance à cette petite bande m'apporte (oui, sortez les violons !).

Ami lecteur, c'est une formidable aventure humaine que tu t'apprêtes à découvrir en ouvrant cette bande dessinée, une de celles qui te marquent durablement. Bien sûr, pour cela, il faudra passer outre le graphisme vieillot de cette édition. Il te faudra également t'habituer au mélange dessins/photographies tout à fait dépaysant, et aux illustrations d'apparence brouillonnes et aux couleurs terreuses d'Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier.


Vous l'aurez compris, la lecture des premières pages du Photographe n'a pas coulé de source, et je me demandais même franchement comment j'allais réussir à accrocher à cette BD tant la forme ne me séduisait pas. C'est là qu'intervient le formidable talent de narrateur de Didier Lefèvre ; et il suffit de quelques pages supplémentaires pour comprendre que le style d'Emmanuel Guibert donne au récit une enveloppe, un corps, une coquille indissociable, nécessaire.


Plongés aux côtés de Didier Lefèvre, qui nous narre cette histoire à la première personne, nous ressentons avec lui l'excitation et l'appréhension de ce voyage, plus dur et plus magnifique que tout ce qu'il a connu jusque là. Sa curiosité et son ouverture d'esprit, son constant émerveillement se mêlent avec une grande pudeur, une sorte d'objectivité qui m'a stupéfiée à chaque page : nul jugement de valeur ou critique, Didier Lefèvre se contente d'observer, de capturer l'intime sans le déformer. J'ai été extrêmement touchée par cette vision sensible et juste, qui encourage le lecteur à sortir des cadres, à découvrir l'autre sans l'évaluer, à cesser de tenter de transposer à tout prix ses propres références culturelles.

Après les premières pages très descriptives (présentation des hommes et des femmes de la mission à la façon d'une galerie de portrait, préparation minutieuse de l'expédition, etc.), c'est l'heure du grand départ : le lecteur, déjà ferré, est prêt à suivre Didier Lefèvre au bout du monde. Les dessins et les photographies s'entremêlent si bien que l'on n'imagine pas qu'il puisse exister une autre façon de raconter cette histoire que l'on pressent extraordinaire. On oublierait presque la raison de ce voyage si la dernière page n'était ornée de la photographie, terrible, de la tombe d'un volontaire MSF tué deux ans auparavant, et qui semble avertir aussi bien le narrateur que le lecteur : "si tu continues, il faudra t'accrocher." La suite est déjà sur ma table de chevet.

Le photographe (1), Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre & Frédéric Lemercier
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Paru en 2003 
80 pages 
16.50€
ISBN 2-8001-3372-4
D'autres K.BDiens : Yvan / Mo' (1 , 2 & 3) / David 

15 janvier 2013

Un printemps à Tchernobyl (one shot), Emmanuel Lepage


26 avril 1986. À Tchernobyl, le cœur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radionucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision.
22 ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?
Coup de cœur !
« Début 2010, l'Académie des Sciences de New York affirme que la pollution durable due à l'accident a provoqué la mort sur toute la planète de près d'un million de personnes entre 1986 et 2004. »
Aquarelle et fusain, camaïeux de gris. Les premières pages donnent le ton : se rendre à Tchernobyl, c'est côtoyer la mort. Qu'est-ce qui peut pousser un auteur BD à quitter sa famille pour aller voir de ses yeux la plus grande catastrophe nucléaire, et toucher du doigt les existences détruites et la nature ravagée ? Tout d'abord, l'envie pressante, viscérale, d'être actif. De n'être plus simplement spectateur. De s'impliquer. Et puis des rencontres, celle de Dominique Legeard, l'instigateur du projet, président des Dessin'Acteurs, et aussi celle de Gildas Chassebœuf, un autre illustrateur qui le convainc de l'importance de ce voyage.

« Nous croyons que l'artiste est à même de capter l'étrangeté de vivre là-bas et d'en témoigner. »


Mais se rendre à Tchernobyl n'est pas une décision aisée. Emmanuel Lepage hésite longuement, s'inquiète, se sonde. Il est victime pendant près de six mois de la "crampe de l'écrivain", une pathologie qui affecte de manière incontrôlable et irrégulière les muscles de sa main, et l'empêche donc de dessiner. Puis il se décide subitement : il ira. Il a besoin de "voir", d'appréhender la destruction, de se confronter à la réalité pour mieux cerner ce qu'il ressent. Sur place, envahi par l'émotion, contraint par le temps strictement minuté des visites dans la zone contaminée et saisi par l'urgence de coucher sur le papier ce qu'il voit, il oublie sa douleur. Il dessine. Et, petit à petit, il s'accroche aux détails, raconte son installation avec ses compagnons de voyage dans une ferme abandonnée spartiatement remise en état, et la rencontre des populations locales. Petit à petit, malgré la barrière de la langue, il échange, discute et constate : tout n'est pas mort à Tchernobyl. Ce qu'il y trouve le surprend et le déstabilise, voire même le culpabilise. Lui qui était parti pour raconter l'horreur, le voici à rire et s’enivrer avec les voisins, et à dessiner des scènes forestières dignes de ses précédents albums aux accents tropicaux ! 


Car c'est surtout cela, Tchernobyl. La fureur de vivre. De ses habitants, mais aussi de la nature, qui a repris ses droits sur la terre des hommes et n'a jamais parue aussi resplendissante qu'en ces heures de printemps. Les paysages désolés et oppressants laissent la place à mille couleurs éclatantes et dangereusement vénéneuses, car l'irradiation est le plus souvent invisible, insidieuse. La profonde impression de malaise qui accompagne les sublimes et terrifiantes planches en nuances de gris ne disparaît pas complètement car la catastrophe se rappelle constamment à l'esprit ; Un printemps à Tchernobyl se révèle cependant bien moins sombre que ce que laissaient présager les premières pages. Dans cette région coupée de tout, où le temps s'est arrêté en 1986, il y a toujours de la vie, et de l'espoir. Une vie dont chaque seconde est précieuse, trop précieuse pour se lamenter sur son sort alors que l'on peut se réunir autour d'un verre de vodka avec ses amis.

Un printemps à Tchernobyl est un ouvrage dont il est impossible de ressortir indemne, car chaque page nous exhorte à apprécier la beauté de l'instant. J'ai rarement ressenti aussi fort l'urgence de vivre, de vivre complètement ce qui m'arrive. Emmanuel Lepage est au sommet de son art et je ne compte plus les pages où j'ai eu le souffle coupé par tant d'émotions en une seule vignette. Aquarelle, crayon, fusain, sanguine, tout se mêle pour donner une ambiance unique à cet opus qui représente en outre un véritable défi technique (quoi emporter sur le terrain ? Comment s'installer sans que le matériel ne touche le sol irradié ? Dans quelle position dessiner sans que cela ne devienne trop inconfortable ?).

"... et c'est la vie qui m'a surpris..."

Aller à Tchernobyl est une expérience que le lecteur ne peut que partager pleinement avec l'auteur, épousant ses doutes, ses angoisses, ses questionnements. On en retient le calme et la sérénité des bois, la tristesse de ces hangars dépeuplés mais surtout cet éclat dans les yeux et le sourire qui barre le visage des enfants. Et peut-être même que, comme moi, vous laisserez échapper une larme en refermant cet ouvrage.

A Emmanuel Lepage : merci.

Un printemps à Tchernobyl (one shot), Emmanuel Lepage
Éditeur : Futuropolis
Paru en 2012
164 pages
24.50 €
ISBN 978-2-7548-0774-6

10 novembre 2012

Portugal (one shot), Cyril Pedrosa


"J'avais une furieuse envie d'acheter du tabac. Après deux ans sans fumer une seule clope... Le pire, c'est que je m'en foutais copieusement. En fait, j'étais vraiment ravi d'avoir été invité par ce festival. Plus de vingt ans que je n'étais pas venu. Mes premiers pas d'adulte dans ce pays. J'étais fasciné et heureux. Un vrai crétin. Et je me demandais bien d'où venaient cette étrange colère puis cette douce mélancolie qui m'étaient tombées dessus sans crier gare en moins de 24 heures".
La vie est grise. Simon Muchat, auteur de bandes dessinées, est en panne d'inspiration et son existence est en perte de sens. Invité à passer quelques jours au Portugal, il retrouve par hasard ce qu'il n'était pas venu chercher : les odeurs de l'enfance, le chant des rires de vacances, la chaleur lumineuse d'une famille oubliée - peut-être abandonnée. Quel est le mystère des Muchat ? Pourquoi Simon se sent-il de nulle part ? Et pourquoi, sans rien comprendre de cette langue étrangère, vibre-t-il à ses accents ?
Coup de cœur !

Portugal, c'est ce (déjà !) monument de la BD, signé par Pedrosa, abondamment encensé par la critique et récompensé du Fauve d'Angoulême et du prix de la BD Fnac en 2012. Ma première rencontre avec Pedrosa date de ses sympathiques planches d'"Auto bio"dans Fluide Glacial, puis ce fut le coup de cœur avec l'excellent Trois Ombres que je compte prochainement relire puisqu'il va rejoindre sous peu mes étagères. Pedrosa avait alors montré qu'il était capable de signer des œuvres complexes et profondes, teintées de nostalgie et de mélancolie.


C'est donc dans la digne lignée de Trois Ombre que s'impose Portugal, ce récit largement inspiré de la propre histoire de l'auteur, où il est question de parcours initiatique, d'introspection, de souvenirs de famille et de quête d'identité. Savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va... C'est un peu par hasard que Simon Muchat, qui peine à retrouver l'envie d'écrire et de dessiner, est invité dans un petit festival au Portugal. Sur place, c'est le choc : les odeurs, les couleurs, le goût du vent et la musicalité des dialogues font remonter en lui des souvenirs depuis longtemps enfouis. Le besoin de connaître sa propre histoire le pousse à s'intéresser à celle de ces ancêtres. Petit à petit, Simon marche dans les traces effacées de ses aïeux et recolle les morceaux d'une histoire familiale à la fois anodine et extraordinaire, comme il en existe tant d'autres.

Récit universel, Portugal trouve un écho en chacun de nous car les 260 pages de cette œuvre fleuve agitent de nombreuses questions sur les rapports que nous entretenons avec notre propre famille. On est profondément touché par le désir pressant de Simon de soudain découvrir qui sont réellement les gens qui l'entourent, quelles ont été leurs vies, leurs espoirs et leurs désillusions. Pedrosa nous parle de transmission, et l'on ne peut refermer cette bande dessinée sans se demander ensuite ce qu'il en est de notre propre histoire.


Mais Portugal est également une plongée dans un univers graphique puissant et métissé. On reconnaît aisément le trait de Pedrosa, aérien et délicat, mais ce sont surtout les couleurs grandioses qui font le sel de cette œuvre dense qui ne souffre d'aucune longueur. On découvre ici un Pedrosa novateur qui déploie des merveilles d'originalité dans la mise en couleur, s'amusant avec les effets de transparence et de textures pour aboutir à des ambiances très marquées. On se promène entre les planches bigarrées et chaleureuses du pays qui émeut tant Simon, l'intimité d'une scène de nuit autour d'un bon feu et les aubes lumineuses où seul le bruit des oiseaux vient troubler le calme de la campagne. Portugal, c'est un émouvant voyage au cœur d'une histoire ordinaire impeccablement servie par un dessin et une mise en couleur exigeante. Une pièce maîtresse de la BD, à lire et à posséder absolument.


Portugal, Cyril Pedrosa
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Paru en 2011
261 pages
35 €
One shot
ISBN 978-2-8001-4813-7

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24 septembre 2012

Habibi (one shot), Craig Thompson


Vendue à un scribe alors qu’elle vient tout juste de quitter l’enfance, puis éduquée par celui-ci, Dodola voit son mari assassiné sous ses yeux par des voleurs. Elle parvient pourtant à leur échapper et trouve refuge sur une improbable épave de bateau échoué en plein désert, en compagnie d’un enfant nommé Cham.
Ensemble, dans des décors souvent nimbés de magie, ils vont grandir et vivre leur vie au sein de cet étrange endroit, en s’efforçant autant que possible de se protéger de la violence et de la dureté du monde, au rythme des contes, histoires, mythes et légendes racontés par la jeune femme…
Waouh !

Sept années. C'est le temps qu'a mis Craig Thompson pour accoucher de cet opus de presque 700 pages, et l'on comprend pourquoi dès le début. Habibi est un récit changeant qui déroule sa fresque entre merveilleux et réalisme, temps anciens et époque actuelle, judaïsme, islam et catholicisme. L'auteur puise allègrement dans les mythes communs aux trois religions pour bâtir et enrichir la fable finalement cruelle de deux enfants, faibles parmi les faibles, condamnés à survivre tant bien que mal dans le monde corrompu et agressif qui les entoure. Habibi est une histoire d'amour(s), certes, mais n'épargne pas la sensibilité du lecteur...  

Lorsque Cham et Dodola trouvent refuge dans un bateau échoué en plein désert, la jeune fille n'a d'autre choix que de monnayer son corps aux caravanes de passage pour subvenir à leurs besoins. Afin de s'évader de cette triste réalité et de protéger Cham, Dodola lui raconte constamment les histoires fondatrices des principales religions monothéistes. Cette narration qui s'appuie en particulier sur des sourates du Coran se poursuit tout au long du récit et illustre les moments clés de la vie des deux protagonistes. Si j'ai apprécié ce parallèle ainsi que la diversité des contes et légendes qui parsèment le récit, je ne suis en revanche pas emballée par certaines images que véhicule Thompson, notamment en ce qui concerne les relations charnelles. Celle-ci ne se traduisent en effet pas autrement que par l'agression (viol, prostitution, sévices divers) ; tout plaisir en est absent (la masturbation entraîne aussitôt un sentiment intense de culpabilité, tout comme la simple vue de la nudité). Cham et Dodala sont deux amants condamnés à ne jamais pouvoir se trouver complètement et leurs épreuves seront nombreuses, tout comme leurs cicatrices.

Mais l'on oublie étrangement la noirceur du récit devant le sublime travail d'orfèvre de Thompson. Son trait délié et élancé est un pur plaisir pour les yeux. On sent dès les premières pages l'immense travail de recherche sur la calligraphie et les motifs orientaux ; Habibi est une véritable plongée dans une atmosphère digne des Mille et une nuits. Je suis en outre tout à fait stupéfiée par le caractère complet et incroyablement riche de cette œuvre qui met en lumière des concepts mathématiques, littéraires, astronomique ou encore chimiques. J'ai beaucoup de mal à mettre des mots sur cette sensation ; disons que pour paraphraser un grand homme; "tout est dans tout, et vice versa" (Alphonse Allais). Cette petite maxime qui peut paraître comique résume pourtant bien cette impression tenace, à la fois fascinante et un peu effrayante, que tout est lié, que tout se rejoint, que la nature est un cercle (ou plutôt un serpent qui se mord la queue).

Habibi s'impose donc comme un monument graphique, une œuvre entière, unique, qui ne pourra vous laisser indifférent. Bien que je reste sceptique sur quelques idées ou représentations trop stéréotypées à mon goût, je ne peux que saluer l'immense talent d'un conteur né et d'un illustrateur doué d'un sens du détail hors du commun. A découvrir absolument !


Habibi, Craig Thompson
Éditeur : Casterman
Collection : Écritures
Paru en 2011
672 pages
24.95 €
One shot
ISBN 978-2-203-00327-9

25 juin 2012

Rendez-vous en Terre Inconnue, Frédéric Lopez, photographies de Jean-Michel Turpin


Embarquer pour une destination inconnue, à la rencontre d’un peuple du bout du monde... Neuf personnalités ont relevé le défi : Muriel Robin chez les Himbas, Bruno Solo en Mongolie, Zazie chez les Papous, etc. Ceux qui ont eu la chance de les savourer sur petit écran n’ont pas oublié ces moments précieux d’humanité et de partage. 
Waouh !

Je me souviens encore de la toute première édition de Rendez-vous en Terre Inconnue. Alléchées par les quelques lignes dans le programme télé (ah, ce temps lointain où j'avais la télévision...), ma mère et moi nous étions installées confortablement dans le canapé familial, avec nos plaids de mémé, pour assister à cette émission assez peu commune dans le paysage audiovisuel de "grande audience", plus habitué à diffuser de sombres merdes mettant en scène des candidats sachant à peine écrire leur propres noms.

Pour ceux qui se seraient fait cryogéniser et qui viendraient tout juste de nous rejoindre, je rappelle que le principe de Rendez-vous en Terre Inconnue est d'envoyer une personnalité française connue pour une destination qui, elle, est inconnue (de préférence lointaine et hostile, du moins pour nous), et ce pour 15 jours où elle va devoir assimiler la culture et les coutumes du peuple parmi lequel elle vit. Nous attendions donc cette émission avec une impatience mêlée d'appréhension, qui pourrait se résumer à la question : va-t-on assister à un programme de qualité, plein de justesse, d'émotion et de pudeur, ou à une foire grand-guignolesque qui mettra en lumière toutes la superficialité de nos concitoyens? 


Heureusement, c'est la première option qui s'est imposée. Bien sûr, on pourra toujours souligner les contraintes liées au tournage et au montage, accuser la musique pleine de violons de nous faire verser une larmichette au bon moment, huer les grands médias qui, sous prétexte de nous faire partager le quotidien de peuple dont l'avenir est menacé, s'en mettent finalement plein les fouilles. Mais laissons de côté toutes ces récriminations pour nous concentrer sur l'essentiel : la beauté du voyage. Grâce à ce superbe ouvrage, il est possible de retrouver toute la magie et l'émotion des émissions au travers de plus de 300 photos, souvent en pleine page. Le pari fou de la vulgarisation ethnologique est accompli : grâce aux témoignages de la célébrité et des habitants rencontrés, ainsi qu'à quelques explications claires et objectives, chaque chapitre nous emmène à la rencontre d'hommes et de femmes aux modes de vie étonnants. Ce beau livre vous permettra donc d'embarquer pour les émissions qui se sont déroulées entre 2005 et novembre 2010 :

# Muriel Robin chez les Himbas de Namibie
# Patrick Timsit chez les Mentawaï d'Indonésie
# Charlotte de Turckheim chez les Nénètses de Sibérie
# Bruno Solo chez les cavaliers mongols d'Asie Centrale
# Adriana Karembeu chez les Amharas d'Ethiopie
# Edouard Baer chez les Dogons du Mali
# Zazie chez les Korowaï de Papouasie Occidentale
# Gilbert Montagné chez les Zanskarpas de l'Himalaya
# Marianne James chez les Bajaus de l'archipel des Banggaï


Avant de me plonger dans la lecture, j'avais visionné la plupart de ces émissions. J'ai pris énormément de plaisir à me replonger dans l'atmosphère de ces véritables aventures (en particulier celle de Muriel Robin et celle de Zazie qui restent mes préférées même si les autres sont excellentes !), mais je crois que cet ouvrage est également une belle idée de cadeau pour ceux qui n'auraient jamais vu une seule édition. La beauté des paysage est à couper le souffle et l'on ne peut qu'être impressionnés par les paroles des autochtones qui recèlent une sagesse et une humilité formidable. Un superbe album qui fait voyager et réfléchir à la fois, le tout en grand et sur papier glacé : moi je dis oui !


Rendez-vous en Terre Inconnue, Frédéric Lopez, photographies de Jean-Michel Turpin
Éditeur :  Éditions de la Martinière
Paru en 2010
212 pages
32.50 €
ISBN 978-2732445410

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30 août 2009

Billy Brouillard (2) : Les Comptines Malfaisantes, Guillaume Bianco


 
Les comptines malfaisantes sont au nombre de treize. Leurs origines sont diverses et variées, souvent mystérieuses. Certains prétendent quelles auraient été écrites par le diable en personne, afin de punir les enfants dissipés. Quatre d'entre elles ont été retranscrites à ce jour, elles vous sont ici livrées...
Coup de cœur !

☼ Scénario : conçues comme une sorte de "Spin-off" de Billy Brouillard, Les Comptines Malfaisantes sont une vraie merveille. Chaque histoire se révèle cruelle à souhait.
☼ Dessin : toujours aussi magnifique !
☼ Couleurs : un noir, blanc et ocre maîtrisé qui se révèle à la fois simple et délicat. L'ambiance est délicieusement morbide sans être glauque.

+ Un papier de qualité, une mise en page soignée et un récit bien écrit. Les Comptines Malfaisantes sont la digne suite de Billy Brouillard !
- Un prix un peu élevé qui se justifie néanmoins par la qualité des ouvrages.

Commentaire général : Un bel objet à acheter d'urgence !

Billy Brouillard (2) : Les Comptines Malfaisantes, Guillaume Bianco
Éditeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Paru en 2009
Environ 40 pages chacune
29.95 €
ISBN 978-2-302-00889-2

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