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28 septembre 2012

L'écume des jours, adaptation de Jean-David Morvan & Marion Mousse d'après l'œuvre de Boris Vian


Jeune homme fortuné, Colin est tourmenté par son célibat. Jusqu’au jour où il rencontre Chloé, la femme de sa vie. Le bonheur est à portée de main. Mais il ne saurait durer. Chloé d’ailleurs toussote. Diagnostic : dans son poumon pousse un nénuphar, que Colin s’épuise à soigner. Mais rien n’y fait. Son état s’aggrave, si bien que leur maison rapetisse, se délabre. Tout devient étriqué, étouffant.
J'ai aimé !

L'histoire originelle bien présente à l'esprit, c'est avec beaucoup de curiosité mais également d'appréhension que je me suis plongée dans cette adaptation de Jean-David Morvan, qui vient tout juste de récidiver avec un autre texte phare de l'écrivain, L'Arrache-cœur (paru le 19/09/12 chez Delcourt). Je suis en effet restée la plupart du temps de marbre face à la poésie décalée de Vian, et je craignais que cette bande-dessinée ne fasse qu'appuyer ce sentiment.


C'est donc avec une surprise non feinte que j'ai constaté qu'il n'en était rien ; au contraire, cette adaptation éclaire d'un jour nouveau le texte de Boris Vian et séduira sûrement davantage ceux que le roman du maître a laissé sceptiques. Cette bande dessinée est pour moi l'exemple parfait du rôle des images dans la compréhension d'un texte. Je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec La cantatrice chauve de Ionesco, œuvre à laquelle je suis totalement hermétique, exceptée lorsqu'elle est jouée. Le théâtre, comme la bande dessinée, est un support qui permet une grande liberté d'interprétation et c'est pourquoi je crois y être plus sensible et réceptive. Peut-être est-ce parce que L'écume des jours est finalement un récit très visuel, construit sur des sensations, des images et des métaphores, que je trouve qu'on ne pouvait rêver mieux qu'une adaptation en bande dessinée.


Le travail d'adaptation de Jean-David Morvan est à la fois léger et rigoureux : les textes sont extrêmement fidèles à l'original et les illustrations de Marion Mousse prennent habilement le relais lorsque certains passages ne peuvent être transposés en dialogues. L'écume des jours frappe par cette adéquation entre le texte et l'image, qui traduit un minutieux travail sur la construction et le rythme du récit de Vian.

J'ai été charmée par le trait élastique et moelleux de Marion Mousse, que je découvre avec cet album. L'atmosphère fantasque ainsi créée correspond parfaitement à l'image que je me faisais de l'univers onirique et surréaliste instauré par Vian. J'ai également apprécié les cadrages audacieux et la mise en page qui alterne découpage classique et planches plus libres où les illustrations se mêlent et prennent appui les unes sur les autres. En revanche, on ne peut que regretter l'usage du noir et blanc, certes parfaitement maîtrisé, pour un texte où la couleur tient une place prépondérante. Peut-être que ce parti pris graphique était destiné à éviter l'effet "arc-en-ciel" qui aurait immanquablement surgi mais j'imaginais sans mal quelques touches très colorées afin de rehausser ces très belles planches, un peu à la façon de Blast de Manu Larcenet ou de Sin City de Frank Miller.


Même si je ne suis toujours pas complètement emportée par L'écume des jours, cette bande-dessinée a le mérite de m'avoir rendu la poésie de Boris Vian moins absconse, plus réelle. Je recommande donc chaudement cette adaptation à ceux qui, comme moi, sont habituellement plutôt hermétiques à l'écriture de Boris Vian mais qui souhaitent tout de même découvrir ce classique de la littérature française. Un grand merci aux éditions Delcourt et Myboox pour cette intéressante découverte !

L'écume des jours, adaptation de Jean-David Morvan & Marion Mousse  d'après l'œuvre de Boris Vian
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages
Paru en 2012 
165 pages
17.95 €
ISBN 978-2-7560-2163-8

24 septembre 2012

Habibi (one shot), Craig Thompson


Vendue à un scribe alors qu’elle vient tout juste de quitter l’enfance, puis éduquée par celui-ci, Dodola voit son mari assassiné sous ses yeux par des voleurs. Elle parvient pourtant à leur échapper et trouve refuge sur une improbable épave de bateau échoué en plein désert, en compagnie d’un enfant nommé Cham.
Ensemble, dans des décors souvent nimbés de magie, ils vont grandir et vivre leur vie au sein de cet étrange endroit, en s’efforçant autant que possible de se protéger de la violence et de la dureté du monde, au rythme des contes, histoires, mythes et légendes racontés par la jeune femme…
Waouh !

Sept années. C'est le temps qu'a mis Craig Thompson pour accoucher de cet opus de presque 700 pages, et l'on comprend pourquoi dès le début. Habibi est un récit changeant qui déroule sa fresque entre merveilleux et réalisme, temps anciens et époque actuelle, judaïsme, islam et catholicisme. L'auteur puise allègrement dans les mythes communs aux trois religions pour bâtir et enrichir la fable finalement cruelle de deux enfants, faibles parmi les faibles, condamnés à survivre tant bien que mal dans le monde corrompu et agressif qui les entoure. Habibi est une histoire d'amour(s), certes, mais n'épargne pas la sensibilité du lecteur...  

Lorsque Cham et Dodola trouvent refuge dans un bateau échoué en plein désert, la jeune fille n'a d'autre choix que de monnayer son corps aux caravanes de passage pour subvenir à leurs besoins. Afin de s'évader de cette triste réalité et de protéger Cham, Dodola lui raconte constamment les histoires fondatrices des principales religions monothéistes. Cette narration qui s'appuie en particulier sur des sourates du Coran se poursuit tout au long du récit et illustre les moments clés de la vie des deux protagonistes. Si j'ai apprécié ce parallèle ainsi que la diversité des contes et légendes qui parsèment le récit, je ne suis en revanche pas emballée par certaines images que véhicule Thompson, notamment en ce qui concerne les relations charnelles. Celle-ci ne se traduisent en effet pas autrement que par l'agression (viol, prostitution, sévices divers) ; tout plaisir en est absent (la masturbation entraîne aussitôt un sentiment intense de culpabilité, tout comme la simple vue de la nudité). Cham et Dodala sont deux amants condamnés à ne jamais pouvoir se trouver complètement et leurs épreuves seront nombreuses, tout comme leurs cicatrices.

Mais l'on oublie étrangement la noirceur du récit devant le sublime travail d'orfèvre de Thompson. Son trait délié et élancé est un pur plaisir pour les yeux. On sent dès les premières pages l'immense travail de recherche sur la calligraphie et les motifs orientaux ; Habibi est une véritable plongée dans une atmosphère digne des Mille et une nuits. Je suis en outre tout à fait stupéfiée par le caractère complet et incroyablement riche de cette œuvre qui met en lumière des concepts mathématiques, littéraires, astronomique ou encore chimiques. J'ai beaucoup de mal à mettre des mots sur cette sensation ; disons que pour paraphraser un grand homme; "tout est dans tout, et vice versa" (Alphonse Allais). Cette petite maxime qui peut paraître comique résume pourtant bien cette impression tenace, à la fois fascinante et un peu effrayante, que tout est lié, que tout se rejoint, que la nature est un cercle (ou plutôt un serpent qui se mord la queue).

Habibi s'impose donc comme un monument graphique, une œuvre entière, unique, qui ne pourra vous laisser indifférent. Bien que je reste sceptique sur quelques idées ou représentations trop stéréotypées à mon goût, je ne peux que saluer l'immense talent d'un conteur né et d'un illustrateur doué d'un sens du détail hors du commun. A découvrir absolument !


Habibi, Craig Thompson
Éditeur : Casterman
Collection : Écritures
Paru en 2011
672 pages
24.95 €
One shot
ISBN 978-2-203-00327-9

11 septembre 2012

Batman : Sombre reflet (1), Scott Snyder, Jock & Francesco Francavilla


Tandis que Batman enquête sur une étrange vente aux enchères dans le milieu de la pègre de Gotham, le fils psychotique du Commissaire Gordon fait sa réapparition. Si ce dernier aimerait pouvoir faire à nouveau confiance à son fils, la personnalité trouble du jeune homme ravive cependant chez Gordon de douloureux souvenirs...
Waouh !

Difficile d'échapper à la folie Batman en cette année où l'homme chauve-souris fait son grand retour, à la fois sur les écrans et dans les librairies. Si vous vous intéressez un minimum aux aventures de notre héros sur papier glacé, vous devez savoir qu'Urban Comics est désormais l'éditeur français du catalogue DC Comics (anciennement propriété de Panini).  En plus de rééditer plusieurs séries à succès, Urban Comics frappe un grand coup en proposant de nouvelles histoires complètes en quelques tomes seulement, idéales pour étoffer l'univers sans perdre le lecteur. Moi qui ne suis pas une grande habituée des comics de super-héros (d'autant que mes faveurs ne vont pas à Batman), j'appréhendais un peu l'effet de mode et craignais de prendre un récit en route et de n'y rien comprendre. Heureusement, Batman Sombre Reflet a tout bon !


Complètement séduite par les couvertures de ce diptyque, j'ai donc décidé de tenter l'expérience. Rappelons au passage que Scott Snyder a tout de même reçu un Will Eisner Award en 2011 ; autant dire que je m'attendais à du lourd côté scénario et je n'ai pas été déçue. Cette aventure en chassé-croisé met à la fois en scène le Chevalier Noir (incarné non pas par Bruce Wayne mais par le jeune Dick Grayson, plus connu sous le nom de Robin), fort occupé à démasquer "Le Priseur", insaisissable ennemi qui organise de sombres ventes aux enchères des souvenirs des plus grands criminels de Gotham, mais également le commissaire Jim Gordon aux prises avec les démons de son passé lorsque son fils James réapparaît brusquement en ville.

La quatrième de couverture présageait une histoire incompréhensible pour qui ne connaîtrait pas les évènements antérieurs mais c'est au final un récit extrêmement clair et plaisant que nous livre Snyder. La présentation soignée des personnages et du contexte permet à tout néophyte de se plonger dans ce comics dense, extrêmement bien construit et très rythmé. La concordance entre le scénario et les graphismes est impeccable ; on sent vraiment que les trois auteurs ont travaillé main dans la main pour arriver à imposer une telle présence et une telle force à Gotham City en à peine un tome.


En conclusion, je dirais que Batman : Sombre reflet n'est peut-être pas le meilleur opus pour approcher le Chevalier Noir car le récit de Snyder est tout de même fermement ancré dans un univers créé de longue date mais ce premier opus s'impose indubitablement comme un récit de qualité aux finitions impeccables qui ravira tous les amateurs de comics. Vite, le tome 2 !

Batman : Sombre reflet (1), Scott Snyder, Jock & Francesco Francavilla
Éditeur : Urban Comics
Collection : DC Classiques
Paru en 2012
150 pages
15 €
Série finie
ISBN 978-2-36577-001-9

25/30

22 août 2012

La traversée du Louvre, David Prudhomme


David Prudhomme déambule dans les galeries du musée du Louvre. Le voilà qui observe l'étrange ballet muet qui se tisse entre les œuvres et leurs visiteurs...
Waouh !

Après Aux heures impaires d'Éric Liberge, Période Glaciaire de Nicolas de Crécy et Les sous-sols du Révolu de Marc-Antoine Mathieu, je poursuis ma découverte de l'excellente collection née de la collaboration entre le musée du Louvre et des scénaristes/illustrateurs talentueux. Ces ouvrages, à mi-chemin entre BD traditionnelles et beaux-livres, proposent au lecteur de découvrir l'institution mythique sous un angle nouveau, propre à chaque artiste qui se livre à l'exercice.

Une salle ; un homme de profil devant un tableau. Cette homme n'est autre que David Prudhomme lui-même, qui s'empresse de répondre à l'appel qui émane de sa poche et vient troubler la quiétude du musée. En se mettant en scène au téléphone, l'auteur développe une narration originale, où ce qui n'est pas dit est tout aussi important que l'explicite. On devine, on imagine, on se représente. On apprend que David est venu avec sa femme, Jeanne, qu'ils se sont perdus de vue et qu'ils entreprennent de se rejoindre. Cette recherche devient le prétexte à une déambulation apparemment sans queue ni tête qui donne l'occasion au lecteur d'approcher aussi bien les œuvres que le public. Car c'est lui, le personnage principal : ce public mouvant, changeant, bariolé, parfois étrange. David Prudhomme jette un regard curieux, presque anthropologique sur la foule qui se presse devant les chef-d'œuvres du monde entier. Il dépeint, souvent de façon muette, les petites manies et les coïncidences, les heureux hasards et les incongruités.


Très vite, je n'ai plus eu l'impression de lire une BD mais de regarder un tableau. J'ai flâné à mon tour parmi les vastes planches très structurées qui se succèdent pour raconter avec finesse le choc des cultures et des générations, bref, le temps qui passe. Le texte, laconique, vient rythmer la lecture sans jamais troubler la rêverie. Les grandes illustrations au fusain et crayons de couleurs accentuent cette atmosphère légère et évaporée, presque irréelle, qui pousse le lecteur à prendre son temps.
 
La traversée du Louvre semble moins onirique que ses prédécesseurs mais la poésie n'en imprègne pas moins toutes les pages. L'auteur pose un regard amusé sur ses concitoyens mais soulève aussi de véritables questions sur la nature de l'art, sa place dans nos sociétés, l'importance du public, etc., autant de questions qui font écho à ma formation et me passionnent.  Prudhomme signe ici un album très accessible et récréatif qui ne manquera pas d'émerveiller petits et grands. On en sort avec l'envie d'aller à notre tour observer les badauds qui se pressent devant les tableaux...


La traversée du Louvre, David Prudhomme
Éditeur : Futuropolis & Louvre Éditions
Paru en 2012
74 pages
17 €
ISBN 978-2-7548-0785-2



Mo'

01 juin 2012

Tu mourras moins bête (1) : La science, c'est pas du cinéma ! Marion Montaigne


Si vous avez toujours rêvé de manier le sabre laser ou de rétrécir vos gosses, réveillez vous : le cinéma, c'est pipeau et compagnie ! La célèbre Professeure Moustache, bien connue des nombreux fans du blog de Marion Montaigne, épluche pour vous les aberrations scientifiques qui peuplent vos films et séries préférés. La science, ce n'est peut-être pas du cinéma, mais avec la Prof Moustache, c'est terriblement drôle !
Waouh !

J'ai découvert Marion Montaigne l'année dernière avec le premier tome de sa série plutôt orientée jeunesse,  La vie des (très) bêtes, et je m'étais beaucoup amusée lors de cette lecture. Depuis, je suis une fidèle de son blog Tu mourras moins bête et c'est donc sans hésitation que j'ai craqué pour la BD éponyme. Cette fois-ci ce n'est plus seulement la vie des animaux qui est passé au crible mais la science de façon plus générale, au travers du prisme du petit et du grand écran. Se tirer dans le pied est-il sans risque ? Pourrait-on vraiment ressusciter les dinosaures ? Aurons-nous des épées laser un jour ? La professeure Moustache, accompagnée de sa fidèle Nathanaëlle, fait toute la lumière sur les fadaises que nous débitent couramment les gens du cinéma et de la télé.


Premier constat : Tu mourras moins bête est une bande dessinée qui s'avale en un clin d’œil, malgré le nombre de pages assez conséquent. J'ai été obligée de poser des limites lors de ma lecture, afin de savourer d'autant plus les strips tous plus drôles et intéressants les uns que les autres. Avec beaucoup de finesse et d'esprit, la professeure Moustache nous dévoile les rouages de la science en se mettant en scène dans des situations délirantes. Une fois de plus, le pari de faire de la vulgarisation scientifique un instant de détente est gagné haut la main ! On prend énormément de plaisir à redécouvrir des situations auxquelles nous avons déjà tous pensé en regardant un film (par exemple, pourquoi n'équipe-t-on pas les avions en parachutes ?) d'un point de vue scientifique à la fois extrêmement bien documenté et clair.

Tu mourras moins bête est sans aucun doute une BD qui se conserve et qui se relit avec toujours autant de plaisir, et qui nous permettra même d'épater les copains. Mon seul petit reproche concerne l'écriture, un peu petite et pas toujours très lisible bien que très adaptée à l'esprit déjanté et brouillon des graphismes. On en redemande !

Tu mourras moins bête (1) : La science, c'est pas du cinéma ! Marion Montaigne
Éditeur : Ankama
Paru en 2011
255 pages
15.90 €
ISBN 978-2-35910-220-8

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27 avril 2012

American Tragedy : l'histoire de Sacco & Vanzetti, Florent Calvez


Suite à la montée du syndicalisme dans les années 1920, les États-Unis sont marqués par de violents soulèvements donnant lieu à une vague d'attentats anarchistes dans plusieurs villes, comme Boston. C'est dans ce climat d'instabilité que Sacco et Vanzetti, deux immigrés italiens, sont condamnés à la chaise électrique, malgré un manque de preuves formelles et une mobilisation internationale intense.
Waouh !

"Tu n'as jamais entendu parler de l'affaire Sacco et Vanzetti ? 
- Ça ne me dit rien... 
- Ça remonte à loin, 1927, à Boston. C'est normal que vous, les jeunes, vous ne connaissiez pas cette affaire. 
- OK, mais c'est qui, ces types-là ? 
- Des anarchistes italiens qu'on a condamnés à la chaise électrique. Une erreur judiciaire".
Ainsi débute le récit d'une des plus épouvantables affaires juridiques américaines. Nous sommes à Battery Park, New York, un 27 août. Sur un banc, un vieil homme s'adresse autant à son petit fils qu'à nous, lecteurs, pour nous conter la chute de deux hommes mais surtout l'instrumentalisation des idées et la folie des hommes.

C'est le portrait d'une Amérique qui souffre, ravagée par la crise, la pauvreté et le chômage, bon nombre de sujets encore et toujours d'actualité. Face à l'incapacité du gouvernement à résoudre ces situations précaires, les revendications se multiplient et tournent bien souvent au drame... Parmi les factions politiques extrêmes, en l'occurrence les anarchistes, certains sont convaincus que que la lutte armée est le meilleur moyen de faire entendre leur voix. Excédé par ces mouvements, le gouvernement entame une véritable chasse aux sorcières. Aidé par l'ancêtre du FBI et certaines polices privées, le ministre de la Justice, Palmer, organise des raids extrêmement violents contre les "Rouges" et les personnes suspectées d'accointance avec ces "bâtards anarchistes". Arrêtés illégalement, et emprisonnés dans des conditions terribles, les immigrés sont renvoyés chez eux de manière expéditive.

C'est dans ce climat politique et social extrêmement tendu qu'émergent deux figures qui incarnent à elles seules tous les enjeux de cette époque. Sacco et Vanzzetti sont deux immigrés italiens anarchistes suspecté du meurtre de deux hommes lors d'un braquage. Après des années d'une lutte judiciaire acharnée, les deux hommes sont finalement condamnés à mort par chaise électrique malgré le manque de preuves formelles. Mensonges, témoignages hasardeux, preuves falsifiées : tout a été mis en œuvre pour faire tomber ceux qui ont acquis petit à petit le statut de symbole d'une lutte inégale, faussée. Le procès est rapidement instrumentalisés par les mouvements politiques qui y voient un moyen de promouvoir "la cause" et les soutiens se multiplient à travers le monde : France, Angleterre, Italie...Cela ne suffira cependant pas à stopper la terrible machine qui s'est mise en marche. 

Aujourd'hui encore, toute la lumière n'a pas été faite sur cette page trouble de l'histoire. La culpabilité des deux hommes prête encore à de nombreux débats. L'État Américain a seulement reconnu l'absence d'un procès équitable et ce, en 1976. Dans cette bande dessinée, Calvez ne prétend pas détenir la vérité. Bien qu'il prenne partie à travers les mots de son narrateur, l'innocence ou la responsabilité de Sacco et Vanzetti s'effacent devant le véritable acteur de ce récit, à savoir l'échec de la justice. La dénonciation d'un système gangrené, corrompu, prêt à tout pour servir des intérêts personnels est sans nul doute le moteur de Florent Calvez. Grâce à des planches aux tons sombres et au trait marqué, il déroule de façon implacable et intelligible une histoire tragique qui sonne comme un devoir de mémoire.

American Tragedy est la preuve, s'il en fallait encore une, de l'aptitude de Florent Calvez à signer des récits forts, à la mise en case exigeante et portés par un trait ténébreux et original. Une réussite.

American Tragedy :  l'histoire de Sacco & Vanzetti, Florent Calvez
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages
Paru en 2012
111 pages
14.95 €
ISBN 978-2-7560-1584-2
One shot

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27 mars 2012

So much win !


Voilà, les résultats sont tombés hier... j'ai l'honneur de vous annoncer que je suis l'une des 5 gagnantes du concours de critiques BD sur MyBoox ! Mes compatriotes Sofie B., Noémie Giacobbi, Sophie Hérisson, Bibie Yoteck et moi-même avons été sélectionnées par le jury parmi plusieurs centaines de candidats pour devenir les nouveaux membres officiels du site. Autant vous dire que j'en suis restée sur le cul (oui, au diable la tempérance !) lorsque j'ai découvert (un peu par hasard en fait, ce concours m'était complètement sorti de la tête xD) le mail qui m'annonçait la bonne nouvelle. Outre les avantages évidents que m'apporte un tel statut, c'est surtout le fait d'être reconnue et appréciée pour mon travail sur ce blog qui me fait bondir de joie. Je m'offre donc ma petite minute narcissique mais rien de tel que la reconnaissance pour regonfler le moral ! Être "officiel" MyBoox, c'est aussi un moyen pour moi de lire, échanger et partager toujours plus avec vous, et comme le dit si bien l'équipe... Vous allez voir ce que vous allez lire !

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