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07 janvier 2017

À la place du cœur (saison 1), Arnaud Cathrine

 
Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu'une chose : à la fin de l'année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un "plus si affinités"… Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s'annonce et la perspective obsédante de la "première fois". Sauf que le lendemain, c'est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l'entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes…


En cette toute fin 2016, rien ne me préparait au choc Arnaud Cathrine. Je n'avais même pas regardé La grande Librairie, où il était invité le 8 décembre en compagnie de Susie Morgenstern, Clémentine Beauvais, Claude Ponti et Frédéric Lenoir.

Dans la diversité de la littérature (fictive ou non) parue après les attentats, j'avais déjà pu découvrir les très bons Little Sister de Benoît Séverac ainsi que Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard ; rien d'étonnant donc à ce que je me dirige vers le roman d'Arnaud Cathrine car j'apprécie particulièrement toutes les histoires qui touchent au réel et qui nous retournent.

"Retourner", le mot est faible pour décrire l'émotion que j'ai ressentie tout au long de ma lecture. Arnaud Cathrine a l'art et la manière de nous plonger dans le quotidien d'un grand ado, de nous décrire de façon simple et percutante les grands bouleversements de cet âge. Construit presque comme un journal, son roman nous décrit jour par jour la semaine fatidique, celle qui voit naître les plus grands espoirs et bonheurs de son héros ainsi que la terrible tristesse et l'angoisse qui s'emparent de la nation.

Aux prises avec des sentiments éminemment contradictoires, Caumes voit se cristalliser toutes les tensions dans le microcosme de son lycée : des clans se crééent entre les étudiants, des consciences s'éveillent, des langues se délient et l'irréparable est commis... C'est le cœur de plus en plus serré que j'ai continué ma lecture, avec cette intuition profonde que les dernières pages seraient décisives : elles sont encore plus que ça.

Vous l'aurez compris, c'est avec une finesse hors normes et une profonde compréhension de l'âme humaine qu'Arnaud Cathrine tisse son roman. Il parvient à mêler histoire personnelle et histoire collective, chaque partie éclairant l'autre d'un regard nouveau. Les mots sonnent justes et font écho à chaque instant à ce que nous avons pu ressentir cette fameuse semaine, le regard collé aux chaines d'informations, envahi d'un sentiment d'urgence de vivre.

Cela faisait des années que je n'avais pas été aussi bouleversée par une lecture, et c'est seulement presque trois semaines après que je parviens non seulement à en écrire quelques lignes mais aussi à reprendre une activité de lecture régulière tant tout ce que j'ai tenté ensuite me paraissait fade et décoloré. C'est vous dire le blast de cette lecture, que je ne saurais que trop vous recommander...

À la place du cœur (saison 1), Arnaud Cathrine
Éditeur : Robert Laffont
Collection : R
Paru en 2016
252 pages
16 €
ISBN  9782221193334

27 octobre 2015

U4 : Stéphane, Vincent Villeminot

Cela fait 10 jours que le virus U4 accomplit ses ravages. Plus de 90% de la population mondiale est décimée. les seuls survivants sont des adolescents. L’électricité et l’eau potable commencent à manquer, tous les réseaux de communication s’éteignent. Dans ce monde dévasté, Koridwen, Yannis, Jules et Stéphane se rendent, sans se connaître, à un même rendez-vous. Parviendront-ils à survivre, et pourront-ils changer le cours des choses ?

Stéphane est la fille d'un célèbre épidémiologiste lyonnais. Convaincue qu'il a survécu à l'épidémie, elle ne veut pas rejoindre le groupe d'adolescents qui s'organisent pour survivre. Si son père ne revient pas ou si les pillards qui contrôlent le quartier arrivent avant lui, son dernier espoir résidera dans un rendez-vous fixé à Paris.


Comme dirait notre ami Joey Starr, c'est d'la bombe bébé ! (on a les références qu'on peut, hein.) U4, c'est l'histoire d'un coup de cœur instantané, avant même sa parution. Ça a commencé lorsque la représentante Nathan m'a présenté le projet un jour de travail comme un autre, et j'ai eu le flash sur la maquette et l'idée même du projet : quatre auteurs français, quatre personnages de fiction, une même histoire... et donc quatre romans à la fois indépendants et complémentaires pour encore plus de plaisir !

Si vous avez suivi mes récentes aventures, le post-apocalyptique et moi, c'est quitte ou double (mouiii je parle de cette désastreuse lecture). Heureusement, U4 s'est révélé à la hauteur de toutes mes espérances. Sur les quatre romans publiés, j'ai choisi de commencer par Stéphane la lyonnaise (les autres sont Koridwen la bretonne, Jules le parisien et Yannis le marseillais) pour trois raisons :
- j'ai découvert Vincent Villeminot avec Instinct et j'avais bien accroché ;
- Stéphane est, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, une fille !
- j'ai vécu deux ans à Lyon et j'étais impatiente de me retrouver dans les rues que j'ai bien connues...

Et là, dès les premières pages, la magie fonctionne. Stéphane est une adolescente sans chichi, assez mature et dégourdie pour qu'on n'ait pas envie de lui mettre des claques toutes les deux pages. La mise en place est rapide, le décor sobre et réaliste. On est immédiatement plongé dans un univers très familier et pourtant complètement bouleversé par un cataclysme sans précédent. Le sentiment d'urgence est palpable ; le drame est encore frais mais l'on est déjà un être différent : un survivant. Les descriptions de la ville sinistrée sont frappantes, on imagine presque sentir la fumée des feux de voitures. Vincent Villeminot n'hésite pas à décrire de façon assez crue les cadavres qui jonchent les rues mais je n'ai pas eu un seul instant l'impression qu'il en rajoutait ou qu'il s'y attardait plus que de raison : tout est fait pour qu'on s'immerge complètement dans l'histoire et qu'on s'imagine aux côtés de Stéphane.

Quid de notre héroïne d'ailleurs ? Persuadée que son père est encore en vie quelque part, elle l'attend patiemment dans leur appartement. Mais à la disparition des adultes et de toute forme d'autorité, le chaos s'installe et sa sécurité n'est plus assurée: vols, pillages, destructions et violences se multiplient. Elle se voit contrainte de rejoindre le R-Point du Parc de la Tête d'Or, administré et géré par des adolescents. Et c'est là que je tire mon chapeau à l'auteur qui a su écrire plus qu'une simple histoire de rescapé. Certes, on s'attache à Stéphane et à son destin, mais la catastrophe permet à Vincent Villeminot d'aborder des thèmes plus profonds et extrêmement intéressants. Comment s'organiser lors d'un événement de cet ampleur ? Face à la disparition de l'autorité établie, qui doit prendre le relais ? L'urgence et la gravité de la situation autorisent-elles des mesures extraordinaires ? Qui endosse les responsabilités ? Toute la crédibilité du roman est issue de ces problématiques incontournables, et l'on se projette et s'interroge sans mal sur ce que nous ferions nous-même dans cette situation. 

Par ailleurs, on attend avec impatience la rencontre avec les trois autres personnages de la série et cela rajoute une dose de suspense très appréciable. Lorsque les quatre adolescents finissent par être réunis, je me projetais déjà dans les autres romans, imaginant la même scène vue par les yeux de chacun. Tout le génie de la chose est que la fin de n'importe quel des quatre romans ne gâche pas celle des autres. C'est même l'effet inverse puisqu'en refermant Stéphane, je n'avait qu'une envie : lire les autres. Vous l'aurez compris, U4, c'est mon coup de cœur de cette fin d'année, et je ne cesse d'essayer de convertir tout le monde autour de moi, collègues, amis, clients, famille (Môman, 55 ans, a adoré Stéphane, et Manon, 23 ans, a craqué pour Koridwen). Je vous livre prochainement mon avis sur Jules !

U4 : Stéphane,Vincent Villeminot
Éditeur : Syros / Nathan
Paru en août 2015
431 pages
16.90 €
ISBN 9782092556160

09 octobre 2015

Chronique du Tueur de Roi, première journée : Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss


Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps. Son enfance dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d'audace, dans une prestigieuse école de magie où l'attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets... Découvrez l'extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d'exception... infâme assassin. Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Décidément, l'heure est à la fantasy de qualité. Après le premiers tome des Salauds Gentilshommes de Scott Lynch découvert (et adoré !) il y a quelques semaines, je me remets une louche d'excellence et de plaisir grâce à Patrick Rothfuss.

J'ai su dès le prologue que j'avais dégoté une pépite. Il serait un peu trop long de vous retranscrire ici l'intégralité des deux pages introductives, mais laissez-moi vous dire que c'est une entrée en matière comme je les aime : originale, mystérieuse, et très, très bien écrite. On y découvre l'auberge presque déserte d'une bourgade tranquille, et surtout l'homme qui y habite, l'homme qui sera le centre de toutes les attentions dans quelques instants. Sous ses airs d'aubergiste paisible, Kote (ou Kvothe) cache en effet un destin extraordinaire et une vie hors du commun.

Je suis tiraillée par l'envie de vous en dire plus sur ce personnage incroyable mais ce serait à mon sens gâcher le plaisir de la découverte ; je préciserai juste qu'il est né parmi les Edema Ruh, un peuple d'acteurs, chanteurs, troubadours et artistes itinérants fortement apprécié et estimé des habitants des Provinces Unis. Un terrible événement le pousse à partir en quête des Chandrians, une troupe de démons mythiques dont on dit qu'ils ne sont qu'une légende. Et pour en retrouver la trace, quoi de mieux que d'aller à l'Université, où des magies anciennes et puissantes sont enseignées ?

Voilà en quelques mots la teneur de ce que vous trouverez en attaquant Le nom du Vent : les ingrédients somme toute classiques de la fantasy. Mais Patrick Rothfuss les cuisine et les assaisonne de façon divine, et le délice perdure jusqu'à la dernière page. J'ai adoré la manière dont la musique habite le récit de bout en bout et le rend particulièrement sensible et vivant. La plume de l'auteur est sublime et nous emporte dès les premiers instants dans un monde incroyablement riche et détaillé. Il n'est pas question de combats épiques ou de magie flamboyante : Le Nom du Vent se rapproche plus de la fantasy de Robin Hobb, où tout est dosé avec finesse et où l'aspect psychologique prend le pas sur les faits d'arme et l'action. Personnellement, c'est la fantasy que j'aime le plus, de celle qui instaure un sentiment de proximité et de familiarité avec les personnages tout en restant profondément romanesque (à entendre : "chez qui prédomine le sentiment, l'imagination, la rêverie").

La construction et le rythme du récit, très soignés, alternent les souvenirs de Kvothe racontés par lui-même et la vie actuelle de l'auberge : clients qui entrent ou qui sortent, comptoir à nettoyer, repas à préparer, toutes les tâches sans importance qui interrompent le récit pour un temps, miroir du lecteur qui doit également vaquer à ses occupations. L'auteur réussit si bien à nous plonger aux côtés du jeune homme que l'on revient au présent comme on se réveille d'un rêve, légèrement engourdi et désorienté. Kvothe doit servir une part de tarte, ne devons-nous pas aller fermer les volets ? On sort du roman de la même façon qu'on y entrés, par un effet de répétition totalement génial : le prologue marquait l'entrée dans une histoire merveilleuse où le lecteur s'abandonne, les deux dernières pages marquent le chemin inverse. Il est temps de retrouver doucement la vraie vie... jusqu'au prochain tome .

Chronique du Tueur de Roi, première journée : Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss
Éditeur : Bragelonne
Paru en novembre 2009
781 pages
25 €
ISBN 9782352943556

25 septembre 2015

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

 
"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser". 

Voilà quatre ans que l'on attendait le nouveau roman de Delphine de Vigan. Son titre précédent, Rien ne s'oppose à la nuit, avait connu un succès retentissant, très médiatisé. Je l'avais lu à sa sortie, et j'ai été incapable d'écrire une chronique depuis même si j'ai essayé plusieurs fois de le faire. En racontant sa famille, et surtout la bipolarité de sa maman qui s'est suicidée en 2008, Delphine de Vigan m'avait profondément bouleversée, à tel point que je n'ai jamais réussi à trouver les mots pour en parler...

Aussi, lorsque d'Après une histoire vraie s'est retrouvé en pile sur les tables de la librairie où je travaille, j'ai hésité : me plonger dedans, au risque de revivre le blast, ou reculer ? La première option l'a emporté, et tant mieux, car ce nouveau roman est une merveille. L'auteure revient sur l'après Rien ne s'oppose à la nuit : le choc de son succès, les remous qu'il a provoqué dans son entourage, et toutes ces signatures, conférences, rencontres, à la fois magiques et épuisantes. En état de choc, Delphine a senti le moment où elle allait définitivement craquer. Alors qu'elle tente vainement de se remettre à l'écriture sur un thème de fiction cette fois-ci, elle rencontre L., une femme magnétique avec qui elle noue une complicité immédiate. Mais la relation d'amitié tourne vite à quelque chose de pernicieux : L. l'aide-t-elle réellement ou l'emprisonne-t-elle ?

Delphine de Vigan signe un roman époustouflant, où la tension monte progressivement jusqu'à devenir proprement insoutenable. On ne peut s'empêcher de penser à Misery de Stephen King (d'ailleurs cité dans le roman), et je ne parle pas ici du côté psychopathe sanglant mais des grands thèmes inhérents au métier d'écrivain : comment l'écriture fait appel à l'intime (quelque soit le sujet choisi), comment appréhender (voire anticiper) le succès et les répercussions parfois insensées que suscitent la publication d'un ouvrage, comment trouver encore la force d'écrire lorsque l'on a l'impression d'avoir terminé quelque chose, de quelle manière "l'angoisse de la page blanche" bouleverse le quotidien...

La manipulation est au cœur du roman. L. manipule-t-elle Delphine ? Delphine manipule-t-elle ses proches ? Ou plutôt le lecteur ? Le réel le dispute à la fiction de bout en bout. On ne sait jamais où s'arrête la vérité, les faits, et où commence l'histoire. Le doute m'a habitée toute la lecture, et c'est cette impression déstabilisante d'être menée par le bout du nez qui m'a tant plu. Ma première pensée en tournant la dernière page a été : "là, c'est très, TRÈS fort..." Mais après tout, une fiction que l'on raconte avec toute ses tripes n'est-elle pas une certaine forme de réalité ? A vous d'en juger...

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan
Éditeur : Jean-Claude Lattès
Paru en août 2015
484 pages
20 €
ISBN 9782709648523


12 juillet 2015

Sacré bleu, Christopher Moore

1890. Vincent Van Gogh est assassiné à Auvers-sur-Oise par un mystérieux dealer de bleu, "l'Homme-aux-Couleurs". Toulouse-Lautrec mène l'enquête. Il enrôle son ami Lucien Lessard, peintre-boulanger de la butte Montmartre. Mais Lucien n'a qu'une obsession : brosser le portrait de Juliette, muse magnétique, qui vient de lui offrir un tube de bleu très rare... 
Renoir, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Monet, Manet, les frères Van Gogh, Gauguin sont victimes d'un piège qui n'est peut-être que celui de l'inspiration. Comment savoir ? Surtout lorsque la muse sort du cadre pour asséner de façon peu académique ses considérations sur l'art et la manière. Sacré Bleu dynamite tous les codes, du roman noir au rose, du livre d'art à la saga. Voici le premier roman bleu.

"Van Gogh assassiné - Toulouse Lautrec enquête". C'est par ce bandeau accrocheur -et un peu mensonger- que débute Sacré Bleu. Par ce bandeau, et cette hypnotique couverture bleue. Un délice pour les yeux, n'est-ce pas ?

Si j'emploie l'adjectif "mensonger", c'est parce qu'il serait injuste de réduire Sacré Bleu à une simple enquête. Le meurtre de Van Gogh (inspiré par les événements tout à fait réels et troublants de son décès) y tient d'ailleurs une place assez restreinte, ne servant finalement qu'à déclencher la quête (ou l'enquête, allez) des deux protagonistes principaux du récit. Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter Lucien Lessard, boulanger et peintre à ses heures perdues, et Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec, comte de Monfa, peintre dans ses bons jours et satyre à plein temps. Très vite, le duo croise le chemin d'un mystérieux petit être difforme qui se fait appeler "l'Homme-aux-couleurs" et qui semble hanter le chemin de tous les artistes de l'époque. Car Van Gogh n'est pas le seul à être victime d'un mal étrange : pertes de mémoire, fièvre et actes inconsidérés sont également le lot de Renoir, Monet ou encore Pissaro. Aucun artiste n'est à l'abri, et nos deux héros auront fort à faire pour démêler le vrai du faux dans cette incroyable histoire.

Voici une quête bien étrange dans laquelle nous embarque Christopher Moore, qui joue avec l'histoire de l'art de façon jubilatoire (ou sacrilège, diront certains). On ne cherchera pas la vérité historique ici (même si, ne nous y trompons pas, Sacré Bleu est excellemment documenté) ; on viendra pour se délecter de la plongée dans le Montmartre de la fin des année 1800 où artistes de tout poil, prostituées, génies, bandits et absinthe se dissolvent en un cocktail explosif. Déjantée, illuminée, cette aventure fantastique est portée par le charisme grivois d'un Toulouse-Lautrec éblouissant. L'occasion de revisiter l'Histoire (et, mine de rien, de se cultiver) tout en se payant une bonne tranche de rigolade !

Sacré bleu, Christopher Moore
Éditeur : Éditions des Équateurs
Paru en mai 2015
445 pages
23.50 €
ISBN 978-2-84990-385-8

25 mai 2015

Un océan d'amour (one-shot), Wilfrid Lupano & Grégory Panaccione

Chaque matin, le pêcheur emprunte sa petite embarcation et s'en va travailler en mer. Mais ce matin, c'est lui qui est pêché. Emporté par un chalutier industriel, son canot traverse l'Atlantique. Sur la grève, sa femme attend. Déjà les commères prédisent la mort du pêcheur, mais la vieille sorcière qui lit dans les crêpes l'a vu à Cuba. Convaincue que son homme est toujours vivant, la bigoudène se lance seule dans une mission de sauvetage improbable.

Attention, gros coup de cœur pour cette bande dessinée muette qui se dévore malgré ses quelques 225 pages ! Avant même de l'ouvrir, j'étais déjà emballée. La faute à cette quatrième de couverture en forme d'étiquette alimentaire :


Un peu surprise, amusée et déjà séduite, j'ai plongé dans cette BD comme le vieux pêcheur dont il est question brave la mer tous les matins. Mais ce jour là, une bien mauvaise surprise l'attend : sortant de la brume, un énorme chalutier l'accroche. Le gigantesque filet se coince dans l'hélice de la petite embarcation de notre héros et l'entraîne petit à petit au large. Lorsqu'il parvient à s'en dépêtrer, le bateau est fichu, et notre petit bonhomme se retrouve livré à lui-même, à la dérive, loin de tout rivage... et de sa femme bien aimée. Restée à terre, celle-ci attend son Jules, en vain ! Refusant d'envisager le pire, elle consulte une voyante qui l'envoie retrouver son cher et tendre... à Cuba ! Foi de bigoudène, notre héroïne ne se laissera pas abattre et bravera tous les dangers pour retrouver l'élu de son cœur !

Avec ce road-trip (ou plutôt sea-trip) tendrement loufoque, Lupano et Panacionne réussissent un beau pari : raconter sans parole à la fois le plus beau des amours et les plus tristes des catastrophes écologiques. Car le voyage de notre marin est l'occasion pour les deux compères de sensibiliser le lecteur à des réalités bien sombres : pêche intensive, dégazage sauvage, pollutions diverses... Le tout sans jamais tomber dans la leçon de morale grâce à une grande sensibilité et une pointe d'humour omniprésente qui permet d'équilibrer le récit. La lecture est fluide et très intuitive grâce au style naïf et très expressif de Panaccione.


Vous l'aurez compris, cette bande dessinée est un véritable régal de bout en bout ! La conclusion est tout aussi savoureuse que le reste et l'on ressort de cette lecture vivifiés par cette tendre histoire, mais également plus conscients des changements environnementaux provoqués par l'activité humaine. Plaisant, et intelligent : que demander de plus ? Peut-être la chronique K.BD qui arrivera le dimanche 19 juillet ;)


Un océan d'amour, Wilfrid Lupano & Grégory Panaccione
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages 
Paru en 2014 
224 pages
24.95 €
ISBN978-2-7560-6210-5
One-shot

12 janvier 2015

L'ange de la nuit (1) : La voie des Ombres, Brent Weeks

Pour Durzo Blint, l'assassinat est un art et il est l'artiste le plus accompli de la cité, grâce à des talents secrets hérités de la nuit des temps. Pour Azoth, survivre est une lutte de tous les instants. Le petit rat de la guilde a appris à juger les gens d'un seul coup d'oeil et à prendre des risques - comme proposer à Durzo Blint de devenir son apprenti. Mais pour être accepté, il doit commencer par abandonner son ancienne vie, changer d'identité, aborder un monde d'intrigues politiques, d'effroyables dangers et de magies étranges, et sacrifier ce qui lui est le plus précieux...

À l'occasion d'une visite dans notre belle capitale, j'ai eu l'occasion de boire un chocolat (maison !) dans un lieu déjà mythique qui me faisait rêver depuis longtemps : le Dernier bar avant la fin du monde. Je n'ai pas été déçue : une carte hallucinante, une décoration bluffante, une équipe très sympathique, des tas de jeux de société... et une bibliothèque, dans laquelle j'ai inopinément dégoté ce titre en livre voyageur. C'est la première fois que je tombais sur un ouvrage en bookcrossing (du moins un que je n'avais pas organisé ^^) et c'était la cerise sur le gâteau de cette belle journée.

Une quinzaine de titres avait été relâchée, dont beaucoup de vieille SF, et un G.R.R Martin. Contre toute attente, je me suis dirigée vers La voie des Ombres après avoir vu qu'il était très bien noté sur Livraddict. Pourtant, j'avais un certain nombre d'a priori étant donné la maison d'édition dans laquelle ce roman est paru : je suis généralement allergique aux romances fantastiques et autres amourettes vampiriques... De plus, j'ai trouvé l'illustration de couverture assez tape à l'œil, et je n'aime vraiment pas cette façon de dessiner. Mais rien ne m'arrête !

Et j'ai bien fait car je me suis vraiment régalée avec ce premier tome ! La biographie de l'auteur située au début de l'ouvrage annonçait avec La voie des Ombres un roman qui empruntait à Robin Hobb, Scott Lynch et David Gemmell. Redoutant les comparaisons prétentieuses (bien que je ne connaisse pas l'œuvre de Lynch ni celle de Gemmell [ce qui ne manquera pas d'être réparé très vite vu qu'on n'arrête pas de m'en parler]), c'est avec méfiance que j'attaquais les premières pages... pour refermer péniblement l'ouvrage 150 pages plus tard, l'heure du dodo largement dépassée. J'ai été véritablement aspirée par le début de cette trilogie qui s'annonce riche et complexe ! Effectivement, le postulat de départ n'est pas sans rappeler celui de L'assassin royal : un jeune garçon, qui n'est pas là un bâtard royal mais un orphelin des rues, entre en apprentissage auprès d'un assassin renommé, sur fond de complots et d'intrigues politiques. Au cours de ces années, Azoth doit faire face aux mêmes épreuves et dilemmes qu'a rencontré Fitz, le héros de la saga de Robin Hobb : comment distinguer le bien du mal ? Comment tourner le dos à tout ce qu'on a connu jusqu'ici ? Peut-on accepter de n'être qu'un pantin au service de volontés plus grandes ?

Si je ne me prononce pas pour Lynch et Gemmell, je peux en revanche comparer La voie des Ombres à la saga phare de G.R.R Martin, Le Trône de Fer : on y rencontre un monde fertile, qui ne se dévoile jamais complètement. Manipulations, complots, trahisons, tout est jeu de pouvoir. La magie est omniprésente mais de façon assez légère, et c'est avant tout la psychologie des personnages et les intrigues politiques qui occupent le devant de la scène. Certains lecteurs ont eu du mal à situer tous les personnages les uns par rapport aux autres ; j'ai moi-même ressenti le besoin de me dessiner une espèce d'arbre généalogique pour être plus à l'aise dans le dédale du récit, mais cela n'a jamais entravé ma lecture. On pourrait croire que ce premier tome n'est que conspirations et machinations, mais l'action est bien présente et les rebondissement ne manquent pas.

En bref, le plaisir était présent de bout en bout, et cela faisait longtemps que je n'avais pas accroché autant à un univers de fantasy. La suite ne devrait pas tarder à tomber entre mes mains...

L'ange de la nuit (1) : La voie des Ombres, Brent Weeks
Éditeur : Milady
Collection :
Paru en 2011
700 pages
9.20 €
ISBN 978-2-8112-0519-5

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