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26 juin 2016

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich

Qui n'a jamais rêvé de partir faire le tour du monde, un an, deux ans voire plus ? Mais entre le rêve et la réalité, il y a un monde...Cet ouvrage suit une trentaine d'itinéraires : hommes et femmes qui ont su partir... et revenir. En famille, entre amis, en solo ou en couple, leurs motivations étaient variées : visiter les plus grandes stations de ski du monde, rencontrer les populations opprimées de Chine, oublier une longue maladie, faire découvrir le cinéma aux enfants africains, se retrouver en famille... Pendant leur voyage, tous ont entretenu un lien avec la réalité en partageant leur expérience sur Internet et en nourrissant régulièrement les pages de leur blog. Ils livrent ici leur expérience avant, pendant et après le périple. Cet ouvrage est une invitation au voyage, un guide qui répond également à toutes les questions que se posent les aspirants globe-trotters : quel budget est nécessaire ? Que faire en revenant ? Comment préparer le voyage ? Comment trouver des sponsors ?...
Le soleil montre (enfiiiiiiiiiiiiiin) doucement le bout de son nez et je termine tranquillement une petite semaine de vacances : tous les ingrédients sont réunis pour que la bougeotte me prenne et que les envies d'ailleurs m'envahissent. C'est le moment propice pour que je mette mon nez dans des ouvrages de voyage : récit, guide, atlas, bref, tout peut y passer ! Je n'ai pas résisté à l'appel de ce bel ouvrage qui vous donnera certainement des idées...

Tout plaquer et partir faire le tour du monde. Avouez-le, vous y avez déjà songé au moins une fois ! En attendant de se lancer vraiment, Ils ont fait le tour du monde est une exquise mise en bouche qui présente une grande diversité de situations : en solo, entre amis, en famille ou en couple ; à pied, en vélo, en solex, en camping car et même à ski (!), tous les cas de figure sont abordés.

En cinq ou six pages très illustrées, nous suivons le quotidien de ces aventuriers aux profils très variés : certains sont de véritables baroudeurs et ont réalisé plusieurs fois le tour du monde, d'autres sont novices et s'embarquent parfois dans une aventure qui les dépasse. Préparation du voyage, grand départ, trajet mais aussi retour à la vie "normale" (qui est finalement -et de loin- le moment le plus délicat), chaque voyage est raconté de façon assez succincte. Les sublimes photos et quelques anecdotes souvent drôles, parfois touchantes, suffisent à nous faire toucher du doigt le rêve de ces explorateurs de quelques semaines. En préface de chaque portrait, une sorte de petite fiche technique indique le chemin parcouru et quelques infos pratiques bienvenues comme le budget. En fin d'ouvrage, un supplément donne des pistes et des conseils pour préparer correctement son voyage : cela ne dispense certainement pas de l'achat d'un guide du pays envisagé mais permet déjà de se mettre dans le bain.


Ils ont fait le tour du monde peut se picorer ou se dévorer dans n'importe quel ordre, et c'est tout à fait le genre de livre que je sortirais régulièrement de ma bibliothèque pour me replonger dans certains portraits. C'est un cadeau idéal pour ceux qui sont déjà partis comme pour ceux que l'envie démange. Le plus beau dans l'histoire ? Ces blog-trotteurs ont bien entendu tenu un blog lors de leur aventure, et on peut prolonger sa lecture par des heures de découverte ! Pour conclure, je vous invite à jeter un œil au parcours d'un couple d'amis partis le 2 juin pour un tour d'Europe et d'Afrique, en attendant leur éventuelle publication dans un tome 2 ? ;)

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich
Éditeur : Éditions de La Martinière
Collection : Tourisme et voyages
Paru en octobre 2012
271 pages
29.90€
ISBN 978-2-7324-5092-6


http://www.cultura.com/ils-ont-fait-le-tour-du-monde-9782732450926.html

06 novembre 2014

Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif

Énigmes, expériences scientifiques, bestioles incroyables... Donner au réel des airs de fables et installer le fantastique dans les bizarreries de notre monde, tel est le talent de Patrick Baud, brillant conteur et créateur du site Axolot. Son but : partager son étonnement face à l'étrangeté de l'univers. Boulet, Marion Montaigne et bien d'autres, offrent un magnifique écrin à cette anthologie de l'insolite.
Waouh !

Depuis 2009, Patrick Baud, fasciné par les mystères du monde qui l'entoure, tient le blog Axolot. Toutes les semaines, il se donne pour mission de porter à la connaissance de tous une énigme, un fait remarquable étonnant... pourtant bien réel. Et l'on se croirait presque sur un site de désinformation du type Le Gorafi ! Un recueil de ces histoires était déjà paru (la lecture I-DÉ-ALE pour passer des heures aux toilettes) en 2012, agrémenté de quelques illustrations de pointures de la BD comme Libon, Laurel, Boulet ou encore Manu Larcenet.

Et là, Patrick a dû se dire : tiens, si je poussais l'expérience plus loin et que je faisais d'Axolot une bande dessiné ? Excellente idée, mon cher Patrick, il aurait été dommage de s'en priver ! Résultat : 13 auteurs et scénaristes se sont emparés d'une histoire qui les a particulièrement touché pour en livrer son interprétation personnelle. Dans la liste, des habitués, tels que Boulet ou Libon, mais également des petits nouveaux (et pas des moindres) : Tony Sandoval, Guillaume Long ou Erwann Surcouf. Au programme, l'histoire de Mike le poulet sans tête, des bestiaires fantastiques, des arbres remarquables, du glauque ou encore trois Jésus Christ.

L'ensemble, un peu hétéroclite, est une véritable mine d'informations stupéfiantes, parfaites pour briller lors de vos futurs dîners mondains. On reconnaît bien la patte de chaque artiste : l'humour absurde de Libon, l'intérêt scientifique et médical de Marion Montaigne, l'étrangeté morbide de Tony Sandoval... Le seul petit bémol est à mon goût l'inégalité des récits, mais il fallait s'y attendre compte tenu de la diversité des thèmes abordés et des styles. Malgré tout, l'ensemble est d'excellente qualité ; ça se picore vite et bien, et les 124 pages passent beaucoup trop vite. La bonne nouvelle, c'est que vu le nombre d'articles sur le blog de Patrick Baud, on peut légitimement espérer d'autres tomes et de nouveaux auteurs à découvrir ! En attendant, on se replonge avec délice dans le merveilleux blog de l'auteur...


Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif
Éditeur : Delcourt
Paru en 2014
124 pages
19.99 €
ISBN 978-2-7560-5075-1

08 octobre 2014

Le paradis, c'est les autres, Sœur Emmanuelle (entretiens avec Marlène Tuininga)

" Je crois que l'important, pour moi, n'est pas tellement de vivre que de faire vivre. " Sœur Emmanuelle nous relate elle-même, pour la première fois, les étapes spirituelles et humaines d'une vie intense et riche, entièrement consacrée aux autres, De sa Belgique natale aux écoles d'Istanbul et aux bidonvilles du Caire, Madeleine Cinquin, de son vrai nom, n'aura eu de cesse que d'apporter soin et réconfort aux femmes battues, espoir et amour aux enfants malheureux, et un peu de vie à tous les oubliés de l'existence. Et l'on comprend mieux à la lecture de ces entretiens pourquoi cette jeune fille devenue " religieuse par rébellion " s'est imposée au fil du temps comme l'une des personnalités préférées des Français.
J'ai aimé !

Je préfère me définir en tant qu'agnostique plutôt qu'en tant qu'athée, et je suis généralement très intéressée par tout ce qui à trait à la religion quelle qu'elle soit. C'est ainsi que j'ai mis mon nez dans ce recueil d'entretiens avec Sœur Emmanuelle, personnalité que je connais finalement assez peu. Et là, on dit merci la bibliothèque, parce qu'il est fort peu probable que je me sois procuré l'ouvrage par mes propres moyens, et je serais véritablement passée à côté de quelque chose.

En 1994, Marlène Tuininga décide de raconter le parcours et la vie exceptionnelle de Madeleine Cinquin. Celle-ci combat la pauvreté depuis plus de 50 ans déjà, mais c'est la mémoire vive et la flamme toujours brûlante qu'elle se livre dans les pages de ce petit recueil, dont je recommande la lecture à tous. Car au-delà d'un engagement religieux, c'est un engagement pour l'humain qui caractérise cette dame au grand cœur, qui n'aura de cesse tout au long de son histoire de défendre des valeurs telles que l'entraide, le partage, l'amitié... Elle le dit elle-même : plus elle se rapproche de Dieu, et plus elle se rapproche des hommes. Sœur Emmanuelle n'est pas de celles qui baissent les bras devant des épreuves, et lorsqu'elle se retrouve à enseigner aux filles de riches à Tunis, qui n'ont pas le moindre intérêt pour le destin de la population misérable qui vit pourtant tout à côté, elle prend son mal en patience et ronge son frein. C'est à sa retraite qu'elle se réalise pleinement : elle part s'installer de longues années dans les bidonvilles du Caire, aux côtés des chiffonniers, qu'elle apprend à connaître et à aimer. Partout où elle est passée, elle a laissé le monde un peu moins noir.

Ce court recueil se lit vite mais il y a beaucoup d'enseignements à en tirer. Il n'est pas si difficile, sans pouvoir prétendre avoir le même destin que cette femme de caractère, de tendre la main à son prochain, de cesser de ne pas voir ce qui nous dérange, de cultiver l'amour et la fraternité. Je ressors de cette lecture fortement marquée par le courage et l'abnégation de cette grande dame, avec l'envie profonde d'être meilleure tous les jours. Un récit inspirant, dont je regrette parfois les quelques maladresses (des répétitions, un comble pour un ouvrage aussi court !) mais qui a su me toucher profondément. À découvrir !

Le paradis, c'est les autres, Sœur Emmanuelle (entretiens avec Marlène Tuininga)
Éditeur : J'ai Lu
Collection : Boîte
Paru en 2004
149 pages
4,50 €
ISBN 2-290-34315-3

19 février 2014

Les trois sœurs et le dictateur, Elise Fontenaille


Mina, une adolescente californienne, va pour la première fois en République dominicaine, le pays natal de son père. Son beau cousin Antonio, surpris qu'elle ne connaisse rien de l'histoire familiale, lui fait rencontrer Adela, une vieille dame délicieuse. De sa bouche, Mina découvre le destin tragique de sa grand-mère Minerva et de ses deux soeurs, qui ont osé tenir tête au dictateur de l'époque. Ce voyage va changer sa vie. 
Coup de cœur !

Un peu de jeunesse avec ce titre lu dans le cadre de mon stage à la bibliothèque annexe de Sens pour le comité de lecture ado (chaque mois, des bibliothécaires et documentalistes se réunissent pour présenter entre 1 et 5 ouvrages ; c’est aussi l’occasion de manger plein de petits gâteaux et de boire du thé, fondements du métier de bibliothécaire ;) ).

Ayant été prévenue la veille mais souhaitant tout de même pouvoir présenter quelque chose, je me suis jetée sur ce court roman de l’excellente collection DoAdo (oui, celle de Je mourrai pas gibier, un de mes livres préférés) et j’ai bien fait car j’ai découvert une petite pépite ! Avec Les trois sœurs et le dictateur, Élise Fontenaille nous plonge dans l’histoire –réelle– de Minerva, Maria-Teresa et Patricia, trois jeunes femmes qui se sont battues pour leurs idées et qui l’ont payé de leurs vies. D’ailleurs, saviez-vous que la date de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (25 novembre) a été choisie par les militants en mémoire des trois sœurs Mirabal ?

L’action prend place en République Dominicaine, où le dictateur Rafael Leónidas Trujillo Molina (dit « Trujillo ») a exercé de 1930 à sa mort en 1961 un pouvoir sans partage. En 1949, à l’occasion d’une fête dans le Palais du Gouvernement, Trujillo rencontre Minerva, dont la beauté est légendaire ; or celle-ci fréquentait déjà un jeune dirigeant communiste. Ce qu’il ne peut avoir, Trujillo le détruit : il n’aura de cesse, dès lors, de poursuivre la famille Mirabal et de leur faire vivre un enfer.

Incroyable histoire, incroyable petit roman au titre volontairement trompeur : les sœurs n’étaient pas trois mais bien quatre. Adela, seule survivante, accueille la jeune Mina à bras ouverts pour lui confier l’histoire de la famille. Quelle femme cette Adela ! Elle tient ici le rôle de la grand-mère  douce, sensible, aimante, gardienne de la mémoire familiale. Passeuse, elle aide Mina à renouer avec ses racines et à comprendre la tragédie qui a marqué non seulement son histoire mais celle de tout un pays.

Nous suivons alternativement deux niveaux de narration : Mina, qui écrit à sa meilleure amie pour lui raconter son voyage, et Adela, qui plonge dans ses souvenirs pour nous faire revivre les événements du passé. Le récit est d’une force incroyable, très prenant, empreint de mélancolie et de nostalgie. L’émotion atteint son paroxysme lors de la description de l’assassinat des trois sœurs, et j’ai relu le passage au moins trois fois ! Mon seul regret est l’absence d’une bibliographie ou d’un dossier documentaire en fin d’ouvrage pour aller plus loin… J’ai en tout cas très envie de lire Le garçon qui volait des avions de la même auteure dans la même collection !

Les trois sœurs et le dictateur, Elise Fontenaille
Éditeur : Le Rouergue
Collection : DoAdo
Paru en 2014
71 pages
8.70 €
ISBN 978-2-8126-0617-5
Ado

09 février 2014

Anne Franck au pays du manga, Collectif


Depuis sa première publication en 1952, « le journal d'Anne Frank » est le plus lu et le plus étudié des livres étrangers au Japon. Toutes générations confondues, tout le monde connaît la petite fille d'Amsterdam et son destin tragique. Un best-seller, également disponible en manga, mais dans lequel Anne Frank est simplement perçue comme l'héroïne d'un roman à succès à la conclusion cruelle et émouvante. Au pays du soleil levant, peu nombreux sont ceux qui connaissent la Shoah. Une histoire bien trop lointaine pour les Japonais, malgré leur alliance avec le Troisième Reich. Ils ne semblent pourtant pas non plus bien connaître leur propre histoire : « La guerre, c'est horrible. Et nous en avons été les plus grandes victimes lorsque les Américains ont largué leurs bombes atomiques sur nous. », dit Makoto Otsuka, le directeur du mémorial à Anne Frank et à la Shoah, situé non loin d'Hiroshima et unique en Asie. Et c'est l'idée vague qui fait à peu près consensus au Japon.Racontant à la première personne le voyage de ses auteurs, cette BD documentaire interactive explore les représentations du passé dans la société japonaise d’aujourd’hui. Le Japon a adopté Anne Frank, figure universelle, pour en faire un manga — une forme spécifiquement japonaise mais que le monde entier s'est désormais appropriée. Pied-de-nez, mais aussi véritable tentative de jeter un pont entre deux cultures, les auteurs racontent leur parcours d'Occidentaux au Japon en « web-manga », mêlant dessins, photographies, sons et vidéos, pour dissiper le brouillard du relativisme culturel qui nimbe généralement l'Asie lorsqu’elle est observée depuis l'Occident.
J'ai aimé !

C'est l'expérience d'une BD documentaire interactive que nous offre ici Alain Lewkowicz (réalisateur), Vincent Bourgeau (dessinateur) et Marc Sainsauve (chef opérateur / photographe). Intrigués et choqués par le paradoxe Anne Frank au japon, ils décident de s'y rendre pour comprendre pourquoi la petit fille ne revêt qu'une image de fiction au pays du soleil levant. Aidé d'Herminien Ogawa (fixeur / traducteur), Alain Lewkowicz a bien l'intention de poser les questions qui fâchent : pourquoi les japonais, si familiers d'Anne Frank, n'ont-ils jamais entendu parler de l'Holocauste ? Quels regard portent les japonais sur leurs exactions durant la seconde guerre mondiale ? Comment se fait-il que cette période soit passée sous silence à l'école, et que les japonais connaissent si mal leur propre histoire ? D'abord en format numérique, librement consultable ici, Anne Frank au pays du manga a fait l'objet d'une édition papier chez Les Arènes.

Pugnace, Alain Lewkowicz. Un peu trop à mon goût d'ailleurs ! Si la démarche qu'il entreprend est louable, le "pont" qu'il prétend jeter entre les cultures se transforme un peu trop souvent en insistantes accusations. D'abord enchantée par la forme dont je vous reparlerai ensuite, j'ai eu de plus en plus de mal au fur et à mesure de ma lecture à comprendre le comportement systématiquement agressif du réalisateur qui m'a semblé finalement assez peu ouvert d'esprit. L'approche m'a parue condescendante et intolérante, même si le révisionnisme et le négationnisme japonais sont très difficiles à entendre de notre point de vue d'occidentaux, pour qui la seconde guerre mondiale doit être la période historique la plus étudiée à l'école. Je n'ai pas retrouvé l'objectivité que j'avais louée dans Le photographe de Lefèvre et Guibert, qui soulignait à mon avis de façon beaucoup plus subtile les différences de culture. Bien entendu, la démarche n'est ici pas la même, et je reconnais à Alain Lewkowicz un cran et une rigueur qui semblent de mise lorsque l'on essaie d'entrer dans des sujets délicats avec les japonais ; mais je me suis rapidement lassée des petites phrases acerbes qui ponctuent le récit.

Mais parlons plutôt de la forme ! Véritable objet multimédia, Anne Frank au pays du manga se présente sous la forme d'une bande dessinée composée de 4 chapitres, enrichie de multiples extraits sonores, vidéos et photographiques, toujours pertinents. Chaque "planche" est accompagné d'un fond sonore (bruit de ville, messages diffusés dans le train, etc.) très appréciable pour s'imprégner de l'ambiance, mais qui peut cependant être parfois un peu perturbant (vous aimez lire en silence ? Passez votre chemin !). La transition entre les différents tableaux sonores est en revanche parfaite, même lorsque le chargement de la page est un peu long. Globalement, l'expérience est extrêmement immersive et très prenante.

Du point de vue de la technique donc, rien à redire : Anne Frank au pays du manga est une expérience interactive particulièrement riche et réussie, qui m'a entièrement convaincue. La lecture est bien entendu plus longue que pour une bande dessinée traditionnelle (comptez une bonne demi-heure par chapitre si vous écoutez/visualisez soigneusement tous les extraits) mais le résultat est là : en multipliant les différents médias, les auteurs parviennent à décupler l'impact de leur reportage, et à donner au lecteur un aperçu de la complexité de la question traitée. Espérons que l'initiative fasse des émules !

Anne Franck au pays du manga, Collectif
En ligne
Disponible en format papier :
Éditeur : Les Arènes
Paru en 2013
95 pages
19.90 €
ISBN  978-2-35204-282-2
D'autres K.Bdiens : Badelel - Lunch

27 janvier 2014

Le photographe (1), Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre & Frédéric Lemercier


"D'un même élan, d'une même foulée, on attaque notre premier col. C'est la montagne-frontière, le Dewana Baba, le col du vieux fou. 5 000 mètres. On m'a prévenu que ce ne serait pas une partie de plaisir. Effectivement, c'est très pénible. Toute la nuit, on grimpe au pas de charge un tas de cailloux sans fin qu'on ne voit pas. Tandis que ma raison me répète en boucle que je ne vais pas y arriver, mes pieds continuent d'avancer. Il fait de plus en plus froid. Vers cinq heures, l'aube point. Saoul de fatigue, au passage du col, je dois avouer qu'au fond de moi, je me demande ce que je fous là. Et comme d'habitude, je me réponds en prenant des photos."

Waouh !

1986. Didier Lefèvre, photographe, s'associe à une mission de Médecins Sans Frontières (MSF). Pendant plusieurs mois, ils vont traverser plus ou moins clandestinement le Pakistan et l'Afghanistan, alors occupés par l'URSS, afin de porter secours aux populations locales. De retour en France, il s'associe à son ami dessinateur Emmanuel Lefèvre pour raconter cet incroyable périple. Le mois du documentaire se poursuit sur K.BD, et c'est avec des pépites comme celles-là, que je n'aurais pas ouvert spontanément, que je mesure tout l'enrichissement et l'ouverture d'esprit que l'appartenance à cette petite bande m'apporte (oui, sortez les violons !).

Ami lecteur, c'est une formidable aventure humaine que tu t'apprêtes à découvrir en ouvrant cette bande dessinée, une de celles qui te marquent durablement. Bien sûr, pour cela, il faudra passer outre le graphisme vieillot de cette édition. Il te faudra également t'habituer au mélange dessins/photographies tout à fait dépaysant, et aux illustrations d'apparence brouillonnes et aux couleurs terreuses d'Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier.


Vous l'aurez compris, la lecture des premières pages du Photographe n'a pas coulé de source, et je me demandais même franchement comment j'allais réussir à accrocher à cette BD tant la forme ne me séduisait pas. C'est là qu'intervient le formidable talent de narrateur de Didier Lefèvre ; et il suffit de quelques pages supplémentaires pour comprendre que le style d'Emmanuel Guibert donne au récit une enveloppe, un corps, une coquille indissociable, nécessaire.


Plongés aux côtés de Didier Lefèvre, qui nous narre cette histoire à la première personne, nous ressentons avec lui l'excitation et l'appréhension de ce voyage, plus dur et plus magnifique que tout ce qu'il a connu jusque là. Sa curiosité et son ouverture d'esprit, son constant émerveillement se mêlent avec une grande pudeur, une sorte d'objectivité qui m'a stupéfiée à chaque page : nul jugement de valeur ou critique, Didier Lefèvre se contente d'observer, de capturer l'intime sans le déformer. J'ai été extrêmement touchée par cette vision sensible et juste, qui encourage le lecteur à sortir des cadres, à découvrir l'autre sans l'évaluer, à cesser de tenter de transposer à tout prix ses propres références culturelles.

Après les premières pages très descriptives (présentation des hommes et des femmes de la mission à la façon d'une galerie de portrait, préparation minutieuse de l'expédition, etc.), c'est l'heure du grand départ : le lecteur, déjà ferré, est prêt à suivre Didier Lefèvre au bout du monde. Les dessins et les photographies s'entremêlent si bien que l'on n'imagine pas qu'il puisse exister une autre façon de raconter cette histoire que l'on pressent extraordinaire. On oublierait presque la raison de ce voyage si la dernière page n'était ornée de la photographie, terrible, de la tombe d'un volontaire MSF tué deux ans auparavant, et qui semble avertir aussi bien le narrateur que le lecteur : "si tu continues, il faudra t'accrocher." La suite est déjà sur ma table de chevet.

Le photographe (1), Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre & Frédéric Lemercier
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Paru en 2003 
80 pages 
16.50€
ISBN 2-8001-3372-4
D'autres K.BDiens : Yvan / Mo' (1 , 2 & 3) / David 

25 janvier 2014

La Revue Dessinée #2 : hiver 2013-2014, Collectif


La Revue Dessinée est un magazine trimestriel, numérique et papier, de reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée. Tous les trois mois, ce sont 228 pages d’informations dessinées qui vous sont proposées, sur tablette ou en librairie.
"Réseaux de pouvoir, réseaux numériques et réseaux d'énergie : rien ne se créent sans eux, ils transforment tout."
Waouh !

En 2011, le dessinateur Franck Bourgeron et quelques-uns de ses amis se fédèrent autour d'un projet de revue documentaire en bande dessinée. L'ambition est double : permettre aux auteurs de prépublier leurs travaux avant de les proposer aux éditeurs classiques, et proposer des reportages de qualités en permettant des associations originales entre journalistes, auteurs, dessinateurs. La Revue Dessinée reçoit rapidement le soutien du label Futuropolis, et rencontre l'enthousiasme du public avant même sa première publication.

Le premier numéro sort quelques mois plus tard et reçoit immédiatement de nombreuses critiques élogieuses (la logique voudrait que je vous parle du 1 avant le 2, mais si j'étais logique, ça se saurait !). Cette bonne impression est confirmée à 100% par ce deuxième numéro qui se déplie autour du thème "réseaux", en appliquant la recette du numéro précédent : trois ou quatre longs reportages et une petite dizaine de chroniques thématiques (informatique, culture générale, économie, musique...). L'ensemble est une fois de plus d'un équilibre et d'une cohérence étonnants compte tenu de l'éclectisme des sujets et de la diversité des styles.

Si le ton des enquêtes est résolument sérieux (Un VRP de guerre de David Sevenay et Alain Kokor, , Libye : les écoutes made in France de Jean-Marc Manach et Nicoby, Gaz de Schiste : opération lobbying de Sylvain Lapoix et Daniel Blancou, Les plaies de Fukushima d'Emmanuel Lepage), le reste se veut plutôt décontracté et ludique comme en témoigne la deuxième partie du reportage de Marion Montaigne à la ménagerie du Jardin des Plantes.


La qualité est donc toujours au rendez-vous, même si j'ai été très déçue par Passion Byte : l'informatique chroniquée d'Hervé Bourhis et Adrien Ménielle, qui s'apparente davantage à une frise chronologique répétitive et peu didactique qu'une véritable chronique. Jugez plutôt : "1961, ASCII : une invention de Bob Bemer. L'ASCII définit 128 caractères numérotés de 0 à 127 et codés en binaire de 0000000 à 1111111." Vous êtes bien avancés, hein ? Ma chronique favorite reste celle de James, La sémantique, c'est élastique (que voulez-vous, c'est mon côté littéraire qui prend le dessus !) qui, après nous avoir expliqué dans le numéro 1 qu'un salaud n'est pas un salop, s'attache à analyser avec un humour décapant les travers de langage des journalistes de l'audio-visuel.

Instruire, informer, divertir : en 228 pages, La Revue Dessinée remporte haut la main ce pari en proposant des contenus riches, qui sortent des sentiers battus. J'applaudis des deux mains, d'autant que la version numérique n'est pas une simple copie du numéro papier mais propose des reportages exclusifs et des bonus qui viennent parfaitement compléter la version kiosque. On en redemande !


La Revue Dessinée #2 : hiver 2013-2014, Collectif
Éditeur : La Revue dessinée
Paru en 2013
228 pages
15 €
ISBN 978-2-7548-1072-2
D'autres K.BDiens : Choco / Mo' (#1 et #2) / Legof / Mitchul / Nico

17 août 2013

Le Cycle des Fourmis (1) : Les fourmis, Bernard Werber


Le temps que vous lisiez ces lignes, sept cents millions de fourmis seront nées sur la planète. Sept cents millions d'individus dans une communauté estimée à un milliard de milliards, et qui a ses villes, sa hiérarchie, ses colonies, son langage, sa production industrielle, ses esclaves, ses mercenaires... Ses armes aussi. Terriblement destructrices. Lorsqu'il entre dans la cave de la maison léguée par un vieil oncle entomologiste, Jonathan Wells est loin de se douter qu'il va à leur rencontre. A sa suite, nous allons découvrir le monde fabuleusement riche, monstrueux et fascinant de ces " infra terrestres ", au fil d'un thriller unique en son genre, où le suspense et l'horreur reposent à chaque page sur les données scientifiques les plus rigoureuses. Voici pour la première fois un roman dont les héros sont des... fourmis !
Waouh !

Attention lecteur, tu ne regardera plus jamais les fourmis pareil ! Je dois l'avouer, jusque là, je n'avais lu qu'un seul roman de cet auteur qui suscite toutes les passions et déchaîne les foules (il n'y a qu'à voir la file d'attente pour une dédicace au Salon du Livre de Paris...). Mais me voici donc mettre la main sur une vieille édition de ce premier opus qui lui a fait connaître le succès... et on comprend pourquoi !

Si l'idée même de thriller mi-humain, mi-« fourmiesque » est originale, le traitement de l'histoire l'est tout autant. Werber prête à ses protagonistes fourmis des agissement à la fois très différents mais pourtant très similaires à ceux des humains. Je m'explique : la société des fourmis, extrêmement spécialisée et organisée, possède une logique qui lui est propre : un mode de vie, des buts, du vocabulaire... (ça c'est pour le côté différent). Cependant, Werber, s'il ne s'attache pas à « humaniser » complètement les fourmis, relate leur quotidien de la même façon qu'il raconte les péripéties des humains. Le trouble est d'autant plus accentué qu'il n'existe pas de véritable coupure entre les aventures humaines et « fourmiesques » : on passe des unes aux autres en un clin d'œil, et il m'a parfois fallu quelques secondes avant de re-situer correctement l'action. Le comble est que j'ai finalement trouvé les héros fourmis plus attachants que les humains !

Emportés par le récit mené tambour battant où le suspense est omniprésent, on en oublierait presque que Les fourmis est également un récit didactique, richement documenté, qui nous sensibilise avec succès à l'écosystème propre aux fourmis et aux petites bêtes en général. Ajoutez là-dessus un soupçon de débat théorique inspiré des positions réelles du monde scientifique (les fourmis sont-elles toutes aptes à devenir chef ? Ou existe-t-il un mâle et une femelle alpha ? Etc), une bonne dose de batailles épiques entre insectes, des sentiments et des scènes de sexe torride (notamment entre deux escargots) et vous obtenez un roman riche et passionnant qui n'a pas fini de conquérir les cœurs !

Le Cycle des Fourmis (1) : Les fourmis, Bernard Werber
Éditeur : Le Livre de Poche
Paru en 1998
313 pages
6.10 €
ISBN 2-253-06333-9

22 mars 2013

La vertu des steppes [...], Marc Alaux


Marc Alaux, éditeur, chante la splendeur de la steppe et donne sa vision du nomadisme. Sur l’infinie Terre des herbes, le voyageur éprouve sa liberté et restaure son lien avec la nature, tandis que le monde hospitalier des yourtes, où l’on vit au rythme des troupeaux, l’incite à redécouvrir le sens du partage.
Coup de cœur !

Il est des rencontres simples, franches et qui mettent du baume au cœur. C’est le cas de celles qui naissent immanquablement sur le stand des éditions Transboréal au Salon du Livre de Paris. A peine un an que cette petite maison d’édition est entrée dans ma vie, mais elle tient depuis une place de choix dans mes lectures, même si mon assiduité ou ma rapidité n’est pas toujours la plus zélée. Patrick Manoukian, Antoine Dectot, Emeric Fisset, David Lefèvre et maintenant Marc Alaux, tous ont su m’accorder du temps, de la confiance, de l’intérêt, bref, quelques paroles toujours enrichissantes.

La Vertu des steppes : Petite révérence à la vie nomade est paru en 2010 dans la collection Petite Philosophie du Voyage (qui, dans un genre très différent, est aussi chère à mon cœur que la collection Métamorphose de Soleil). Et Marc Alaux sait de quoi il parle ! Passionné de culture et d'histoire, il se lance dans des études d'archéologie puis réalise le rêve de sa vie en 2001, en s'envolant pour la première fois en Mongolie. Depuis, il n'a cessé de parcourir la steppe et de découvrir la mosaïque, qu'elle soit culturelle, linguistique ou climatique, qui caractérise cet espace qui a fasciné les hommes de tous temps. Lieu (ou plutôt non-lieu, car plonger dans le cœur de ces terres sauvages s'apparente parfois à une disparition) de liberté absolue ; enclave sauvage vierge de toute activité industrielle, terre de tradition et d'authenticité, où les peuples nomades perpétuent un mode de vie ancestral : autant d'images communément admises — et rêvées ! de cet horizon sans fin balayé par les vents, que Marc Alaux décrypte, analyse et parfois dément. 

J'ai été très touchée par ce court texte très bien écrit, à la fois pragmatique et empli de poésie. On sent que Marc Alaux a mis beaucoup de son être dans ces quelques lignes. En refermant l'ouvrage, une constatation s'impose : se rendre en ces vastes territoires à la fois grandioses et hostiles, c'est d'abord se rencontrer soi-même, car la steppe possède ses propres codes temporels et spatiaux, qui forcent le voyageur à se redéfinir. La vertu des steppes est donc une magnifique plongée dans l'intime et dans la relation qu'entretient l'homme avec la nature, dont on ressort avec des images plein la tête et des envies d'ailleurs. Je tiens à dire un grand merci à Marc Alaux et aux éditions Transboréal qui, décidément, ne cessent de me faire vibrer.



La vertu des steppes : Petite révérence à la vie nomade, Marc Alaux
Éditeur : Transboréal
Collection : Petite philosophie du voyage
Paru en 2010
89 pages
8 €
ISBN 978-2-36157-003-3

07 août 2012

Life, Keith Richards


Les yeux cernés de noir, une cigarette à la main : Keith Richards, le guitariste de génie des Rolling Stones, raconte sa vie d’enfant terrible qui hurlait, éternel provocateur, « I can’t get no satisfaction ». Les excès, la drogue, les femmes, les nuits blanches… Il évoque ses expériences à cent à l’heure : des moments d’euphorie aux descentes, toujours plus féroces.
Waouh !

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours écouté les Rolling Stones. Je dois d'ailleurs chaleureusement remercier mes parents d'avoir si bon goût ce qui m'a permis d'échapper à Dalida, Claude François ou encore Jeanne Mas au profit de Gary Moore, Alice Cooper, Franck Zappa et Stevie Ray Vaughan. Big up, sérieusement. Ceci étant dit, ce n'est pas parce que l'on écoute beaucoup un groupe que l'on connaît forcément son histoire, et cela se révèle d'autant plus vrai avec des formations ultra connues qui deviennent des effets de mode. "Hé les gars, vous avez vu mon T-shirt des Doors ? ... Ce qu'ils ont chanté ? Euh, y a pas un truc avec "allume mon feu" ou je sais pas quoi... ?"

C'est donc avec une curiosité non feinte que j'ai attaqué l'histoire des Stones vue par Keith Richards, et laissez-moi vous dire que cette autobiographie est une petite mine d'or pour tous ceux qui s'intéressent au groupe qui a agité la planète entière. Bien entendu, les faits sont rapportés de manière très subjective et je ne pense pas qu'il faille y voir la stricte vérité en permanence. Je ne prétends pas que Keith Richards est un mythomane, loin de là, mais les souvenirs sont une matière fluctuante et malléable, et vous n'entendrez jamais deux versions similaires d'une même histoire. Ceci étant dit, le plaisir de la lecture et de la découverte est bel et bien là. Keith Richards développe en presque 800 pages la naissance et l'évolution d'un groupe mythique, le tout largement émaillé d'anecdotes plus ou moins personnelles et de photos soigneusement choisies. Life est à la fois le récit d'un homme, d'un groupe et d'une époque, tous les trois indissociables. Raconter les Stones sans évoquer leur racines blues ou country ? Impossible ! Parler de leurs albums sans dire les caractères et les habitudes de chacun ? Inimaginable ! Les influences musicales, les rencontres décisives, les histoires d'amour, les sursauts d'égos, les problèmes de drogue et même la recette des saucisses-purée, rien n'échappe à Keith Richards, qui raconte et déconstruit alternativement les mythes qui entourent les Stones. On apprendra par exemple que la "guerre" entre les Beatles et les Stones est une pure technique marketing (les deux groupes étaient en fait très amis et s'échangeaient même des chansons).

On appréciera son sens du détail, un peu moins son manque d'humilité ; mais peut-on vraiment rester humble lorsqu'on est une rockstar au destin exceptionnel ? Les Stones à travers le prisme Keith Richards, c'est la légende renouvelée. Loin de perdre son aura quasi mystique, le groupe de rock'n roll le plus célèbre de la planète séduit et fascine toujours autant une fois la dernière page tournée. Un petit bémol cependant : la surabondance de noms propres et de références culturelles pointues est susceptible de nuire à la lecture mais heureusement, la présence d'un index incroyablement fourni permettra d'approfondir les recherches à tête reposée. Quoi qu'il en soit, préparez-vous à fredonner "Satisfaction" un bon bout de temps après cette lecture !

Life, Keith Richards
Éditeur : Points
Paru en 2011
740 pages
8.90 €
ISBN 978-2-7578-2356-9

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06 juillet 2012

127 heures, Aron Ralston


Le 26 avril 2003, Aron Ralston, 27 ans, se met en route pour une randonnée dans les gorges de l'Utah. Alpiniste expérimenté, il est déjà venu à bout des plus hauts sommets de la région. Là, au fond d'un canyon reculé, l'impensable survient : un rocher se détache au-dessus de lui et emprisonne son bras dans un mur de rocaille. Le voilà pris au piège. 127 heures plus tard, comprenant que les secours n'arriveront pas, il va devoir prendre la décision la plus difficile de son existence...
Waouh !

127 heures, c'est l'histoire réelle - et incroyable- d'un jeune homme d'une rare force de caractère. Lorsqu'un rocher d'une demi-tonne se détache brusquement de l'ébouli qu'il est en train de descendre, son premier réflexe est de le pousser pour éviter qu'il ne lui écrase la tête. Ce geste le sauve et le condamne à la fois : sa main droite se retrouve complètement écrasée entre la paroi et le roc. Très vite, il se rend compte que son membre est mort et envisage posément les solutions qui se présentent à lui : attendre les secours, creuser la roche de la paroi pour libérer son bras, construire un système de poulie pour faire bouger la pierre... ou s'amputer. Après 127 heures de cauchemar où il aura tout essayé, c'est la dernière option qui lui sauvera la vie...

Aron, coincé sous le rocher - Après son amputation - Avec sa prothèse qui lui permet de continuer l'escalade
Je ne suis pas une grande amatrice des témoignages, que je trouve vite larmoyants et voyeurs, mais il est des fois ou l'aspect documentaire est aussi développé que l'aspect émotionnel. 127 heures est un récit hybride, à la fois autobiographie, mémoires, guide et expérience scientifique. Aron Ralston nous narre son parcours, de son tout premier contact avec les grands espaces américains à ses exploits hivernaux sur des sommets de plus de 4000 mètres. Sportif accompli, il pratiquait (et pratique encore !) VTT, randonnée, alpinisme, canyoning et ski. Son roman est construit sur une alternance de chapitres parfois quasi anecdotiques, où il nous parle de sa carrière, ses amis, ses performances, et même des moments où il a frôlé la mort. Au milieu de ces souvenirs, Aron intercale six principaux chapitres qui racontent ses six jours d'enfer coincé au fond du canyon. Écrits au présent, ils nous donnent l'impression d'avoir été rédigés sur le moment et paraissent d'autant plus palpables. L'ouvrage est complété par un cahier central de photos en couleur que l'auteur a réellement prises lors de son calvaire.

J'ai longtemps hésité à mettre l'appréciation "Waouh !" car plusieurs choses m'ont dérangées. La principale est la trop grande technicité du texte : Aron Ralston emploie un vocabulaire très pointu (notamment en ce qui concerne son équipement) qui permet certes une grande précision dans ses descriptions mais qui perdra vite le lecteur néophyte en escalade. J'ai été plusieurs fois obligée de rechercher tel ou tel objet sur Internet afin de savoir à quoi il ressemblait et/ou servait. J'ai également eu du mal à visualiser correctement certains positionnements ou déplacements dans l'espace. Outre ces points pratiques, j'ai parfois été profondément agacée par Aron lui-même, que j'ai trouvé à la fois attachant et extrêmement égocentrique. Même si j'aurais aimé plus d'humilité dans ses paroles, je ne peux au final que lui reconnaître son caractère exceptionnel ; j'ai refermé le livre en me disant : "ok, un mec qui se coup le bras tout seul en se cassant les os par torsion et en finissant avec un canif, un mec comme ça a bien le droit de se la péter un peu."

Les outils avec lesquels Aron s'est coupé le bras

Je rebondis sur ma dernière phrase pour vous mettre en garde : je pense sérieusement que ce livre n'est pas une lecture pour tout le monde. Aron  Ralston décrit des évènements excessivement durs, tant au niveau psychologique que physique. Le récit des ses hallucinations liées à la déshydratation est assez perturbant, mais l'acte "chirurgical" est pire que tout ce que j'ai lu jusqu'à présent. Ce n'est pas tant la barbarie du procédé qui est insoutenable, mais bien la conscience que ce que nous sommes en train de lire n'est pas de la fiction. Moi qui ai l'habitude de lire ou de voir des choses très gores, je me suis presque trouvée mal lors des trois petites pages ou Aron décrit posément son auto-amputation. Paradoxalement, cette brutalité justifie mon appréciation très positive car peu de récits ont réussi à m'ébranler autant et me plonger aussi profondément dans l'angoisse.

En refermant 127 heures, encore sous le choc, je me suis dit que je ne regarderai pas l'adaptation cinématographique réalisée par Danny Boyle. Cependant, après quelques jours de réflexion, j'ai finalement très envie de voir l'interprétation de James Franco (oui, bon, James Franco tout court, ça va hein...) et de revivre cette histoire de façon beaucoup plus visuelle. Je viendrai donc vous en dire deux mots ici dès que ce sera fait !


127 heures, Aron Ralston
Éditeur : Pocket
Paru en 2011
381 pages
7.20 €
ISBN 978-2-266-21911-2

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