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26 juin 2016

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich

Qui n'a jamais rêvé de partir faire le tour du monde, un an, deux ans voire plus ? Mais entre le rêve et la réalité, il y a un monde...Cet ouvrage suit une trentaine d'itinéraires : hommes et femmes qui ont su partir... et revenir. En famille, entre amis, en solo ou en couple, leurs motivations étaient variées : visiter les plus grandes stations de ski du monde, rencontrer les populations opprimées de Chine, oublier une longue maladie, faire découvrir le cinéma aux enfants africains, se retrouver en famille... Pendant leur voyage, tous ont entretenu un lien avec la réalité en partageant leur expérience sur Internet et en nourrissant régulièrement les pages de leur blog. Ils livrent ici leur expérience avant, pendant et après le périple. Cet ouvrage est une invitation au voyage, un guide qui répond également à toutes les questions que se posent les aspirants globe-trotters : quel budget est nécessaire ? Que faire en revenant ? Comment préparer le voyage ? Comment trouver des sponsors ?...
Le soleil montre (enfiiiiiiiiiiiiiin) doucement le bout de son nez et je termine tranquillement une petite semaine de vacances : tous les ingrédients sont réunis pour que la bougeotte me prenne et que les envies d'ailleurs m'envahissent. C'est le moment propice pour que je mette mon nez dans des ouvrages de voyage : récit, guide, atlas, bref, tout peut y passer ! Je n'ai pas résisté à l'appel de ce bel ouvrage qui vous donnera certainement des idées...

Tout plaquer et partir faire le tour du monde. Avouez-le, vous y avez déjà songé au moins une fois ! En attendant de se lancer vraiment, Ils ont fait le tour du monde est une exquise mise en bouche qui présente une grande diversité de situations : en solo, entre amis, en famille ou en couple ; à pied, en vélo, en solex, en camping car et même à ski (!), tous les cas de figure sont abordés.

En cinq ou six pages très illustrées, nous suivons le quotidien de ces aventuriers aux profils très variés : certains sont de véritables baroudeurs et ont réalisé plusieurs fois le tour du monde, d'autres sont novices et s'embarquent parfois dans une aventure qui les dépasse. Préparation du voyage, grand départ, trajet mais aussi retour à la vie "normale" (qui est finalement -et de loin- le moment le plus délicat), chaque voyage est raconté de façon assez succincte. Les sublimes photos et quelques anecdotes souvent drôles, parfois touchantes, suffisent à nous faire toucher du doigt le rêve de ces explorateurs de quelques semaines. En préface de chaque portrait, une sorte de petite fiche technique indique le chemin parcouru et quelques infos pratiques bienvenues comme le budget. En fin d'ouvrage, un supplément donne des pistes et des conseils pour préparer correctement son voyage : cela ne dispense certainement pas de l'achat d'un guide du pays envisagé mais permet déjà de se mettre dans le bain.


Ils ont fait le tour du monde peut se picorer ou se dévorer dans n'importe quel ordre, et c'est tout à fait le genre de livre que je sortirais régulièrement de ma bibliothèque pour me replonger dans certains portraits. C'est un cadeau idéal pour ceux qui sont déjà partis comme pour ceux que l'envie démange. Le plus beau dans l'histoire ? Ces blog-trotteurs ont bien entendu tenu un blog lors de leur aventure, et on peut prolonger sa lecture par des heures de découverte ! Pour conclure, je vous invite à jeter un œil au parcours d'un couple d'amis partis le 2 juin pour un tour d'Europe et d'Afrique, en attendant leur éventuelle publication dans un tome 2 ? ;)

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich
Éditeur : Éditions de La Martinière
Collection : Tourisme et voyages
Paru en octobre 2012
271 pages
29.90€
ISBN 978-2-7324-5092-6


http://www.cultura.com/ils-ont-fait-le-tour-du-monde-9782732450926.html

19 juillet 2015

Les Salauds Gentilshommes (1) : Les mensonges de Locke Lamora, Scott Lynch


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On l'appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux. L'autre moitié pense qu'il n'est qu'un mythe. Les deux moitiés n'ont pas tort. En effet, de corpulence modeste et sachant à peine manier l'épée, Locke Lamora est, à son grand dam, la fameuse Ronce. Les rumeurs sur ses exploits sont en fait des escroqueries de la pire espèce, et lorsque Locke vole aux riches, les pauvres n'en voient pas le moindre sou. 
Il garde tous ses gains pour lui et sa bande : les Salauds Gentilshommes.

C'est en ouvrant L'Ange de la Nuit de Brent Weeks que j'ai découvert le nom de Scott Lynch pour la première fois. Le baratin promo de la quatrième de couverture plaçait Weeks quelque part entre Scott Lynch et Robin Hobb ; je ne pouvais décemment pas passer à côté d'une telle lecture. Grand bien m'a pris puisque j'ai beaucoup aimé Les mensonges de Locke Lamora, et je vais sans nul doute casser ma tirelire pour continuer la saga.

C'est une œuvre de fantasy riche et originale qui attend tout lecteur qui osera se plonger dans ce pavé de presque 600 pages. L'univers qu'il y découvre a ses propres règles, sa propre ambiance et se démarque clairement d'autres ouvrages où l'on sent planer l'ombre des plus grands (Tolkien, pour ne citer que lui). La réussite tient en grande partie à la cité de Camorr dans laquelle se déroule l'action : loin de n'être qu'un décor, elle joue le rôle d'un personnage à part entière, qui façonne les esprits et les corps de ses habitants. Où d'autre qu'à Camorr pouvait naître le chétif Locke Lamora, promis à un destin aussi épineux que brillant ?

La cité se rapproche part bien des côtés de Venise, et la culture italienne teinte de façon plus générale l'ensemble du récit. On se croirait un jour de Carnaval où, sous les masques, tout le monde joue double et titre des ficelles - qui n'ont pas toujours les résultats escomptés.

Illustration : AKRU
Le corps du récit relate la dernière magouille de Locke Lamora et de sa bande, composée comme lui d'orphelins récupérés par le vieux père Chains, un "prêtre" véreux qui nourrit de grandes ambitions pour ses petits protégés. La cible : un couple de riche bourgeois aussi avide d'argent que de pouvoir. Mais tout déraille petit à petit, et Locke se met jusqu'au coup dans les ennuis. Il a plutôt l'habitude, remarquez, mais cette fois-ci la situation semble sacrément insoluble. Et c'est d'ailleurs la réflexion qui m'a accompagnée tout au long de ma lecture : "mais comment l'auteur va-t-il faire pour sortir son personnage d'une merde pareille ?" La réponse : avec une bonne dose d'imagination et un talent certain. La solution, toujours culottée, arrive à point nommé sans nous donner un seul instant l'impression que Scott Lynch choisit la facilité ou distord le récit pour se tirer d'un méchant pas.

En filigrane, on découvre les jeunes années du petit Locke, déjà talentueux et tête brûlée. Le tout s'avale beaucoup plus vite qu'on ne pensait, grâce à un style très agréable et enlevé. On rit autant qu'on s'émeut à la lecture des aventures de ces bien nommés Salauds Gentilshommes, car il est question de vol et de banditisme, mais aussi d'honneur, d'amitié et de loyauté. Ce premier tome peut constituer une histoire complète, mais il est certain que je mettrai mon nez dans la suite des exploits de Locke Lamora !

Les Salauds Gentilshommes (1) : Les mensonges de Locke Lamora, Scott Lynch
Éditeur : Bragelonne
Paru en janvier 2014
550 pages
25 €
ISBN 9782352947196

26 janvier 2015

Real (2), Takehiko Inoue

Takahashi, l'ancien capitaine de Nomiya a été hospitalisé suite à un accident de la circulation. Une terrible nouvelle l'attend: il ne pourra plus marcher.
De son côté, Togawa réintègre l'équipe de handi-basket des Tigers et affronte les Kamikazes. Sa volonté de vaincre suffira-t-elle pour entraîner son équipe vers la victoire? Nomiya, quant à lui, assiste au match de son ancienne équipe, non sans émotion.


Comme Bidib, ma nouvelle collègue K.BD, j'ai trouvé que ce deuxième tome se distinguait du premier par une connexion entre les personnages moins forte. Si cela l'a gênée (moins dynamique, moins prenant) cela n'a pas entaché mon plaisir de lecture. J'ai même trouvé ce tome encore plus frappant que le premier !

Nomiya, le personnage principal, passe au second plan. Le récit s'équilibre entre le passée de Togawa et le présent de Takahashi, à l'hôpital depuis qu'il a été renversé par une voiture. Ce deuxième tome permet donc de faire avancer l'histoire tout en apportant un éclairage approfondi sur l'histoire de Togawa, et l'on comprend mieux ses motivations et son entêtement. Ce tome est extrêmement riche en émotions et j'ai même versé une petite larme pour Takahashi, qui n'est plus que l'ombre de lui-même. Son attitude de jeune coq a disparu et même si l'on éprouvait beaucoup d’antipathie à son égard dans le premier tome, on ne peut s'empêcher d'être très touché par sa grande solitude. Construit en miroir, le récit rapproche l'histoire de Takahashi de celle de Togawa : tous deux au sommet de leur gloire, ils connaissent un événement brutal qui les stoppent dans leur ascension et bouleverse leur vie. On apprend beaucoup sur  les personnages et leur histoire, les difficultés qu'ils ont eu à surmonter et celles qui les attendent. J'ai été complètement accrochée par la puissance du récit et l'universalité des sentiments. 


Le basket n'est pas aussi présent que dans le premier tome et cela confirme mon excellente impression : Real est un manga avant tout humain, où le sport permet d'extérioriser de nombreuses émotions mais ne prend jamais une importance exagérée. L'écriture est profonde, le récit bien construit, et le trait toujours aussi précis et détaillé. En bref, je me suis régalée avec le deuxième tome de cette série que je ne manquerai pas de continuer, et que je recommande à tous autant pour la richesse de ses sujets que pour sa qualité graphique.

Real (2), Takehiko Inoue
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
Paru en 2005
210 pages
8.75 €
ISBN 2-87129-710-X
Tome 1

06 novembre 2014

Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif

Énigmes, expériences scientifiques, bestioles incroyables... Donner au réel des airs de fables et installer le fantastique dans les bizarreries de notre monde, tel est le talent de Patrick Baud, brillant conteur et créateur du site Axolot. Son but : partager son étonnement face à l'étrangeté de l'univers. Boulet, Marion Montaigne et bien d'autres, offrent un magnifique écrin à cette anthologie de l'insolite.
Waouh !

Depuis 2009, Patrick Baud, fasciné par les mystères du monde qui l'entoure, tient le blog Axolot. Toutes les semaines, il se donne pour mission de porter à la connaissance de tous une énigme, un fait remarquable étonnant... pourtant bien réel. Et l'on se croirait presque sur un site de désinformation du type Le Gorafi ! Un recueil de ces histoires était déjà paru (la lecture I-DÉ-ALE pour passer des heures aux toilettes) en 2012, agrémenté de quelques illustrations de pointures de la BD comme Libon, Laurel, Boulet ou encore Manu Larcenet.

Et là, Patrick a dû se dire : tiens, si je poussais l'expérience plus loin et que je faisais d'Axolot une bande dessiné ? Excellente idée, mon cher Patrick, il aurait été dommage de s'en priver ! Résultat : 13 auteurs et scénaristes se sont emparés d'une histoire qui les a particulièrement touché pour en livrer son interprétation personnelle. Dans la liste, des habitués, tels que Boulet ou Libon, mais également des petits nouveaux (et pas des moindres) : Tony Sandoval, Guillaume Long ou Erwann Surcouf. Au programme, l'histoire de Mike le poulet sans tête, des bestiaires fantastiques, des arbres remarquables, du glauque ou encore trois Jésus Christ.

L'ensemble, un peu hétéroclite, est une véritable mine d'informations stupéfiantes, parfaites pour briller lors de vos futurs dîners mondains. On reconnaît bien la patte de chaque artiste : l'humour absurde de Libon, l'intérêt scientifique et médical de Marion Montaigne, l'étrangeté morbide de Tony Sandoval... Le seul petit bémol est à mon goût l'inégalité des récits, mais il fallait s'y attendre compte tenu de la diversité des thèmes abordés et des styles. Malgré tout, l'ensemble est d'excellente qualité ; ça se picore vite et bien, et les 124 pages passent beaucoup trop vite. La bonne nouvelle, c'est que vu le nombre d'articles sur le blog de Patrick Baud, on peut légitimement espérer d'autres tomes et de nouveaux auteurs à découvrir ! En attendant, on se replonge avec délice dans le merveilleux blog de l'auteur...


Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif
Éditeur : Delcourt
Paru en 2014
124 pages
19.99 €
ISBN 978-2-7560-5075-1

29 octobre 2014

Zombillénium (3) : Control Freaks, Arthur de Pins

C'est l'effervescence au parc Zombillénium. Envoyé par Behemoth lui-même, le vampire Bohémond Jaggar de Rochambeau est officiellement censé seconder Francis dans sa gestion du parc. Inquiets, les employés s'attendent au pire : ne le décrit-on pas comme un authentique tueur ? D'autant qu'à y regarder de plus près, les motivations de sa venue semblent bien moins anodines qu'annoncées. Sa mission, c'est de faire du chiffre, pour les actionnaires, certes, mais surtout pour Behemoth qui, lui, attend son comptant d'âmes. Francis, ulcéré, est obligé de courber l'échine devant ce consultant tout-puissant, bien décidé à prendre le pouvoir et à pervertir les règles de Zombillénium. Tandis que se préparent pour le parc de sombres moments, Aurélien traverse une mauvaise passe. Déprimé par sa condition d'immortel et par l'absurdité de sa vie... pardon sa mort, il fait un burn out. Et un burn out, chez un démon aussi puissant, cela peut être dévastateur. Retenu in extremis par Gretchen, il évite le pire. Et cela tombe bien, car Gretchen a un projet pour lui…
Waouh !

AH BEN VOILÀ ! Là, on y est ! Merci Arthur, tu me fais plaisir... Après la grosse déception du deuxième tome, totalement décousu et tout mou, Zombillénium reprend du poil de la bête (un loup-garou, probablement). J'avais été tellement désappointée par le tome précédent que j'ai mis près d'un an avant de me décider à lire Control Freaks. C'est chose faite, et je suis désormais réconciliée avec cette saga que je ne manquerai pas de continuer. Vite, le tome 4 ! (qui n'est pas près d'arriver soit dit en passant, étant donné qu'Arthur de Pins se consacre à un long-métrage d'animation Zombillénium, annoncé pour 2016...).

Non seulement cet opus fait avancer l'histoire à grands pas, mais il est un peu le chaînon manquant entre les deux précédents : on comprend enfin pourquoi il était nécessaire de lancer l'intrigue avec l'histoire de Gretchen et de sa mystérieuse ascendance, pour passer ensuite à Aurélien qui jouera un rôle essentiel dans tout ça. Résultat : un tome rythmé et très facile à lire, qui voit l'apparition d'un nouveau personnage glaçant qui vient complètement bouleverser la routine du parc. Mutinerie, pétages de plombs, transformations et mort véritable : toutes les pages sont un festival de rebondissements ! J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir les graphismes inimitables d'Arthur de Pins. Dès la première page, paf ! C'est beau, c'est soigné, c'est coloré... une véritable gourmandise pour l'œil.


Certes, l'humour est moins présent, comme le préfigurait d'ailleurs le deuxième tome. Les références et les clins d'œils qui parsemaient Gretchen et qui rendaient la lecture si jubilatoire se font plus discrets, mais que voulez-vous : c'est aussi la crise chez les monstres ! Arthur de Pins puise allègrement dans les thèmes qui gangrènent notre société : le chômage, la course à la rentabilité, l'esprit de compétition... Et c'est cela qui m'a plu : Zombillénium n'est pas qu'une bande dessinée divertissante, elle est également le reflet des inquiétudes de notre époque. Sous la forme, qui se veut légère, le propos est plus profond. En tout cas, c'est explosif et tout à fait addictif !

Zombillénium (3) : Control Freaks, Arthur de Pins
Éditeur : Dupuis
Paru en 2013
48 pages
14.50 €
ISBN 978-2-8001-5755-9
Tome 1 : Gretchen
Tome 2 : Ressources humaines
Série en cours

16 octobre 2014

Abyss, Orson Scott Card


Le Montana revenait d'une mission de reconnaissance dans les Caraïbes. Cent cinquante-six hommes à bord. Plus vingt-quatre missiles, soit cinq fois la bombe qui détruisit Hiroshima. Ce sous-marin pouvait faire sauter la moitié de la planète. Mais il était invincible. Et les Etats-Unis n'étaient pas en guerre.
Le Montana gît maintenant par cinq cents mètres de fond, pauvre jouet cassé dans lequel flottent cent cinquante-six cadavres. Incompréhensible ! Au Pentagone, on s'agite : avant tout, il faut devancer les Russes. Les empêcher d'accéder à l'épave, de violer ses secrets...
Sûrs de leur bon droit, les humains préparent la guerre. Fou dangereux, ils ignorent que dans ces eaux noires et glacées, il existe une autre forme de vie...
Waouh !

Chez les amoureux de la lecture, le débat est clos : les livres sont toujours meilleurs que les films qui en sont tirés. J'aurais tendance à être de cet avis : plus riche, plus profond, le livre dévoile pour moi un univers bien plus complexe que ne peut le faire aucune image, car c'est tout simplement notre imagination qui est au travail ! Le plus souvent donc, je lis le roman avant de voir son adaptation (et ensuite je critique allègrement cette adaptation). Abyss n'a pas dérogé à la règle, sauf que nous sommes ici en présence d'un cas un peu particulier puisque le roman a été écrit d'après le film, et non l'inverse ! (je sais pas vous, mais moi j'en perds complètement mon latin, là.) Ce qui m'a décidé à acheter cet ouvrage ? Le nom de l'auteur évidemment, qui est l'un de mes favoris. Lorsque l'on sait qu'il est question dans cette histoire de huis-clos au fin fond de la mer et de petits hommes verts, pas étonnant que le maître de la SF ait choisi de raconter à sa sauce le film de James Cameron...

Je n'avais pas encore vu le film lorsque j'ai commencé le roman, et l'histoire a donc été une découverte complète. Le livre s'ouvre sur un terrible accident : un sous-marin nucléaire américain qui contient de quoi faire sauter la planète s'échoue a près de 600m de profondeur. Nous sommes en pleine guerre froide, à quelques centaines de kilomètres seulement de Cuba, et le climat est à la psychose générale. Est-ce un engin russe qui a percuté le Montana ? En état d'alerte, les États-Unis doivent à tout prix sécuriser la zone et éviter que les Rouges récupèrent des documents top secret. Problème : un ouragan se prépare et il est impossible de faire venir du matériel américain... Le Pentagone réquisitionne alors une plateforme pétrolière qui croise non loin, la Benthic Explorer. Celle-ci effectue une mission de forage en grande profondeur grâce à Deepcore, un engin capable de résister aux grandes pressions, conçu par une brillante scientifique au caractère abominable nommée Lindsey. Cette dernière, accompagnée de quatre SEAL's (acronyme de Sea, Air, Land : « mer, air et terre » - force spéciale d'opérations maritimes) embarque à bord de Deepcore à la plus grande joie de Bud Brigman, son futur ex-mari. Entre les deux, la tension est palpable. Tout ce petit monde se rend à bord du sous-marin échoué, pour une mission de reconnaissance. Mais ils ne sont pas seuls au fond de l'eau...

Mélangez donc une histoire de couple orageuse, des personnalités explosives, des secrets militaires, la folie liée aux grandes profondeurs et une intelligence extra-terrestre : tadaaaaam ! Vous obtenez un récit extrêmement prenant et angoissant. Complètement agrippée par cette lecture, j'ai littéralement dévoré ce roman en une journée. Orson Scott Card excelle à nous plonger petit à petit dans la paranoïa lors de ce récit qui illustre à merveille la maxime "l'homme est un loup pour l'homme". J'ai beaucoup aimé la façon dont la psychologie des personnages est développée. Enfermés à plus de 600m de profondeur, dans le noir quasi-absolu, coupés de la plateforme à cause de l'ouragan, Bud, Lindsey, le lieutenant Coffey (chef des opérations des SEAL's) et les autres perdent progressivement leur sang-froid et cèdent à la panique. Le huis-clos est cauchemardesque et exaltant. Un bon livre ? C'est chouette. Un bon film ? C'est cool. Mais un bon livre d'après un bon film ? C'est la magie Orson Scott Card/James Cameron, et ça dépote !

Abyss, Orson Scott Card
Éditeur : J'ai Lu
Collection : Science-fiction
Paru en 1989
349 pages
? €
ISBN  2-277-22657-2 


Réalisé par James Cameron - 1989
Avec Ed Harris, Mary Elizabeth Mastrantonio, Michael Biehn...

Évidemment, après la lecture, je me suis précipitée sur le film. Et premier constat : il a remarquablement bien vieilli ! 25 ans après sa sortie, il n'a pas pris une ride, même si l'on imagine que les scaphandres actuels doivent être un peu plus seyants, que les uniformes des militaires ont évolué (et que la moustache a -heureusement- quasiment disparu.) Mais à plusieurs centaines de mètres sous l'eau, la mode, c'est bien le dernier de nos soucis ! James Cameron a employé plusieurs effets spéciaux novateurs, qui ont eux aussi très bien supporté le passage des ans. Mais si tout cela est aussi crédible finalement, c'est parce que le tournage s'est effectué dans des conditions extraordinaires, et que tout a été mis en place pour que la plupart des scènes soient aussi réelles que possibles. Ainsi, les acteurs ont effectuée la majorité de leurs cascades eux-même, et passaient près de 10h sous l'eau les jours de tournage. Mais comme aucun plateau immergé n'offrait assez d'espace, James Cameron a vu grand : il a fait remplir un réacteur de centrale nucléaire désaffectée de millions de litres d'eau pour simuler les grands fonds marins. L'aquarium géant ainsi créé faisait 13m de profondeur !


Le tournage a été extrêmement éprouvant pour tous. Plusieurs acteurs ont craqué, physiquement ou moralement. Peut-être est-ce mon imagination, mais je trouve que cette difficulté et cette tension se ressentent dans le film, et contribuent à créer une atmosphère particulièrement oppressante. Pendant tout le film, je me suis dit et répété que si j'étais actrice, je n'aimerais vraiment pas tourner dans un film comme celui-là. Recevoir des litres d'eau dans la figure, barboter dans de la flotte gelée, et passer 10h par jour dans le noir... non merci !


Le jeu des acteurs est vraiment extraordinaire, surtout lorsque l'on connaît la vérité à propos du tournage. L'ensemble est rythmé, angoissant à souhait, assez psychologique bien que bourré d'action. Si vous avez envie de le regarder, je vous conseille la version longue (2h45mn) qui contient une scène assez importante qui permet de mieux comprendre le rôle de l'intelligence extra-terrestre. C'est d'ailleurs l'apport majeur du roman par rapport au film : Orson Scott Card s'est attaché à raconter l'histoire non seulement du point de vue des humains enfermés dans Deepcore mais également de celui des extra-terrestres. Ces passages nous offrent les éléments de compréhension qui font un peu défaut dans le film. L'auteur a également pris la liberté de fouiller le passé des personnages principaux (Bud, Lindsey, Coffey), nous permettant de mieux saisir les liens complexes qui existent entre eux, ou d'adoucir l'image parfois caricaturale des protagonistes dans le film (Caffey en cow-boy complètement fou). Mon seul bémol, c'est cette fin un peu trop niaise et pleine de bons sentiments !

Que vous soyez plutôt livre ou film, je vous recommande chaudement cette histoire palpitante qui ne manquera pas de vous donner quelques sueurs froides.

05 octobre 2014

Sukkwan Island, David Vann

Une île sauvage du sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. 
Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. 

À peine moins de 200 pages. C'est tout ce qu'il faut à David Vann pour nous laisser sonné au terme de ce court huis-clos qui nous glace autant qu'un bon Stephen King et nous plonge dans le sauvage d'une nature impitoyable, à l'image de Into the Wild de Jon Krakauer. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me plongeant dans ce roman ; j'avais pris bien soin jusque là de passer à côté des avis des uns et des autres, même si je constatais qu'il soulevait des réactions très marquées de la part des lecteurs. Et bien laissez-moi vous dire que le choc n'en a été que plus violent et que j'en ai pris pour mon grade !

Jim est un papa absent. Trop occupé à courir après les femmes pour s'occuper de Roy, son fils, il est pris d'un élan de repentance et décide de l'emmener vivre avec lui pendant un an. Mais pas n'importe où : Sukkwan Island, une petite île inhabitée du sud de l'Alaska. La vie à la dure, dans une cabane, et des journées rythmées par la pêche, la chasse ou la construction d'un abri pour le bois devraient leur permettre de s'apprivoiser. Du moins, c'est ce que pense Jim...

Évidemment, vous l'avez pressenti, rien ne se passe comme prévu. Jim est une personnalité fragile, instable, et l'on sent dès le départ que le séjour idyllique promis va rapidement se transformer en cauchemar. La première partie du roman met en place le climat sinistre et étouffant qui conduit à l'événement tragique décrit dans la quatrième de couverture. Mais même si l'on sent le point de non-retour approcher, il n'y a aucune façon de se préparer au choc... Car oui, c'est un choc, ce fameux événement, il m'a même fallu le relire deux ou trois fois pour être sûre de ce qui venait de se passer. J'ai été profondément horrifiée et ébranlée par ce bouleversement, qui ne prend pourtant pas plus de quelques phrases sur le papier. C'est à ce moment là que j'ai tiré mon chapeau à David Vann et à l'efficacité de son écriture, qui parvient à plonger le lecteur dans une détresse morale telle qu'il se retrouve complètement estomaqué par ce qui vient de se produire.

La seconde partie du roman m'a moins plu, comme beaucoup d'autres lecteurs. Peut-être est-ce parce que j'étais toujours sous le choc et qu'il m'a semblé plus difficile de m'intéresser à la suite des événements. Pourtant, David Vann parvient à aller toujours plus loin dans l'horreur froide, notamment grâce à ce souci du détail. En définitive, quelques jours après ma lecture, je ne parviens toujours pas vraiment à savoir si Sukkwan Island m'a réellement plu ou non. Ce qui est sûr, c'est qu'il m'a pris aux tripes comme rarement d'autres romans l'ont fait, et que rien que pour cela, je dis bravo à Monsieur Vann. Peut-être que je lirai d'autres de ses récits, mais je crois qu'il va me falloir encore un peu de temps pour me remettre de celui-ci...

Sukkwan Island, David Vann
Éditeur : Gallmeister
Collection : Totem
Paru en 2011
199 pages
8.70 €
ISBN 978-2-35178-512-6
Prix Médicis étranger 2010

03 octobre 2014

L'Incal (1 à 6), Mœbius & Alejandro Jodorowsky

Dans un futur éloigné, le minable détective privé de classe R, John Difool, reçoit l'incal lumière, une pyramide blanche aux pouvoirs extraordinaires, des mains d'un Berg (extra-terrestre venu d'une autre galaxie) mourant. L'Incal est recherché par de nombreuses factions qui veulent l'utiliser pour leur intérêt propre : les Techno-Technos (une secte de scientifiques), le Préz et ses bossus, l'Impéroratriz et les Bergs... En s'échappant, Difool se retrouve entraîné malgré lui dans une aventure qui le dépasse totalement et qui le transformera en sauveur de deux galaxies.

Waouh !

Dans le genre chronique impossible, là, je m'attaque à du très, très lourd. L'Incal, c'est le chef d'œuvre de deux grands noms de la SF (que dis-je, GIGANTESQUES) : Mœbius et Alejandro Jodorowsky. Rien que ça. Cette série a marqué durablement et marque encore le paysage de la BD et de la SF depuis 1981, date de publication du premier tome, L'Incal Noir. Accrochez-vous, car si vous n'êtes pas familier du genre, la série risque de vous paraître... complètement barrée.

John Difool est un minable. Il occupe un emploi médiocre et cultive admirablement ses vices (ouisky et homéoputes) dans les bas fonds de sa ville-cité, construire en étages : plus on monte, et plus on atteint les hautes-sphère de l'aristocratie. Il vivote de plans fumeux et possède le don de s'attirer des ennuis : c'est ce qui se produit lorsqu'en voulant échapper à une course-poursuite, il se réfugie dans les égouts et assiste à la mort d'un Berg, créature extra-terrestre dont on présume l'existence. Celui-ci lui confie un petite pyramide pas plus grosse que le point avant de rendre l'âme : c'est le début des réels ennuis pour John Difool...

L'Incal fait partie de ces bandes dessinées cultes et incontournables qui méritent à mon avis au moins une lecture. Face à un tel ovni, il est probable que vous trouviez ça complètement imbuvable ou relevant du pur génie. Mon propre avis sur la question emprunte d'ailleurs à ces deux tendances. La série est depuis ma naissance dans la bibliothèque de ma mère ; il est tout naturel que je m'y sois dirigée assez tôt (voire beaucoup trop), et que je nourrisse donc une certaine forme de nostalgie envers cette lecture. Heureusement sûrement, car si je m'imagine découvrir ces albums maintenant (ou du moins les éditions des années 80's), je pense que j'aurais beaucoup de mal à apprécier ces couleurs criardes et cette histoire que l'on croirait écrite sous acide. La maison d'édition était certainement du même avis que moi, du moins sur les couleurs : elle a réédité L'Incal en 2003 et la différence est pour le moins... flagrante.
On a même du mal à croire que le dessin n'a pas bougé ! Mais une fois le premier choc visuel passé (un peu comme avec Watchmen d'Alan Moore), on est vite agrippé par l'univers très excentrique du duo. La recette est singulière, mais elle fonctionne : on adore détester John Diffol, l'anti-héros par excellence, capricieux, de mauvaise foi, obsédé et poltron. Au cours de ses pérégrinations pour sauver l'Incal des griffes des différentes factions qui le convoitent, il se fait plusieurs "amis", ou du moins des compagnons de route. Obligés de faire route ensemble bon gré mal gré, ils passent leur temps à se fourrer dans des situations toutes plus insolites (et dangereuses !) les unes que les autres. Mais L'Incal n'est pas qu'une suite de rebondissements sans queue ni tête, et la toile que tisse les deux auteurs est en réalité beaucoup plus riche. Alchimie, religion, espace-temps, déterminisme et fatalité sont autant de thèmes qui portent un récit complexe et foisonnant qui ne manquera pas, à défaut de vous séduire, de vous interpeller. Alors, prêts pour l'embarquement ?

Ma planche préférée !
L'Incal (1 à 6), Mœbius & Alejandro Jodorowsky
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Paru de 1981 à 1989
Tome 1 : L'Incal noir - 48 pages
Tome 2 : L'Incal lumière - 48 pages
Tome 3 : Ce qui est en bas - 56 pages
Tome 4 : Ce qui est en haut - 60 pages
Tome 5 : La cinquième essence,  partie 1 - 48 pages
Tome 6 : La cinquième essence, partie 2 - 48 pages

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