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18 octobre 2015

Bluebird, Tristan Koëgel

Minnie est la fille d'un musicien qui chante le blues sur les routes du Mississippi. Elwyn est le fils d'un Irlandais, le contremaître d'une immense plantation. Quand ces deux-là se rencontrent, ils tombent amoureux. Mais dans l'Amérique des années 1940, en pleine ségrégation, qui oserait croire que leur histoire est possible ?

Minnie vit depuis son enfance sur les routes avec son père. Songmen, il a tourné le dos au travail harassant dans les plantations pour devenir musicien itinérant. Tout plutôt que ramasser la fleur de coton ! Aujourd'hui, Minnie a 13 ans, et joue de l'harmonica pour accompagner son papa. Mais lorsqu'ils entrent dans cette plantation, le jour funeste où Minnie s'est tordu la cheville, ils ne se doutent pas qu'ils entrent chez le diable lui-même... Après un terrible coup du sort, Minnie est contrainte de s'enfuir à Chicago, où elle espère bien réaliser son rêve : enregistrer un disque !

Vous l'aurez compris, Bluebird est un roman musical. Je vous conseille d'ailleurs de le lire à proximité d'un ordinateur, d'une tablette ou d'un téléphone afin que vous puissiez profiter pleinement de tous les morceaux auxquels l'auteur fait référence tout au long du récit. Moi qui ai littéralement baigné dans le blues depuis ma naissance, c'est un plaisir sans nom de redécouvrir tous ces titres, parfois dans des versions que je ne connaissais pas. Mais parlons un peu de l'histoire maintenant !

Si la quatrième de couverture laisse présager une histoire d'amour, Bluebird est loin de se réduire à une simple romance entre adolescents. Prenant corps dans les années 1940 dans un état ségrégationniste, le récit alterne les points de vue de trois personnages principaux : Minnie, évidemment, Alwyn, fils d'immigrés irlandais et Nashoba, un indien américain déraciné. Et ce qui m'a beaucoup plus dans ce roman, outre sa bande son du tonnerre, c'est que tout y est affaire de masques. Dans un contexte où le moindre geste ou la moindre parole peut vous faire tuer, chacun doit travestir ce qu'il est en réalité et avance à visage caché. Au fur et à mesure du récit, on découvre alors que rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît, ou, n'y voyez pas là un mauvais jeu de mots, rien n'est aussi noir ou aussi blanc que l'on croît.

Chaque personnage possède une histoire complexe qui montre à quel point les préjugés, la peur et l'agressivité ont gouverné pendant des années. Mais ne vous y trompez pas : Bluebird est un récit dans la plus pure tradition romanesque. L'héroïne, que l'on croit parfois brisée ou vaincue, se relève toujours de ses cendres et fini par remporter la victoire. Ce sera d'ailleurs mon petit bémol pour cette histoire aux coïncidences parfois un peu trop heureuses à mon goût. Le réalisme s'arrête où commence le happy end... Malgré tout, j'ai beaucoup aimé ce roman choral aux thèmes variés qui ne manquera pas de vous donner envie d'en savoir plus sur le blues, le panorama musical de ces années là, le travail dans les plantation, l'immigration irlandaise ou encore le Ku Klux Klan... Ou peut-être tout cela à la fois !
Quand tu joues le blues, Minnie, c'est comme si tu riais et pleurais en même temps. Le blues, c'est comme un tout petit nuage dans un ciel d'après-midi. Un petit nuage, tout fin, tout blanc, mais qui te serre le ventre, sans que tu saches trop pourquoi. Tu comprends ? Mais le blues, c'est aussi comme une éclaircie qui traverse un orage ou comme une cerise juteuse sur un gâteau trop sec. Ça... ça oeut te faire rire aux éclats quand tu devrais tomber, les genoux dans la boue. Tu vois ?

Et c'est l'occasion pour moi de vous partager deux de mes morceaux de blues préférés... N'hésitez pas à me donner les vôtres !

Howlin' Wolf - Smokestack Lightning
John Lee Hooker & Bonnie Raitt - I'm in the mood

Bluebird, Tristan Koëgel
Éditeur : Didier Jeunesse
Paru en septembre 2015
315 pages
14.20 €
ISBN 9782278081608

12 juillet 2015

Sacré bleu, Christopher Moore

1890. Vincent Van Gogh est assassiné à Auvers-sur-Oise par un mystérieux dealer de bleu, "l'Homme-aux-Couleurs". Toulouse-Lautrec mène l'enquête. Il enrôle son ami Lucien Lessard, peintre-boulanger de la butte Montmartre. Mais Lucien n'a qu'une obsession : brosser le portrait de Juliette, muse magnétique, qui vient de lui offrir un tube de bleu très rare... 
Renoir, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Monet, Manet, les frères Van Gogh, Gauguin sont victimes d'un piège qui n'est peut-être que celui de l'inspiration. Comment savoir ? Surtout lorsque la muse sort du cadre pour asséner de façon peu académique ses considérations sur l'art et la manière. Sacré Bleu dynamite tous les codes, du roman noir au rose, du livre d'art à la saga. Voici le premier roman bleu.

"Van Gogh assassiné - Toulouse Lautrec enquête". C'est par ce bandeau accrocheur -et un peu mensonger- que débute Sacré Bleu. Par ce bandeau, et cette hypnotique couverture bleue. Un délice pour les yeux, n'est-ce pas ?

Si j'emploie l'adjectif "mensonger", c'est parce qu'il serait injuste de réduire Sacré Bleu à une simple enquête. Le meurtre de Van Gogh (inspiré par les événements tout à fait réels et troublants de son décès) y tient d'ailleurs une place assez restreinte, ne servant finalement qu'à déclencher la quête (ou l'enquête, allez) des deux protagonistes principaux du récit. Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter Lucien Lessard, boulanger et peintre à ses heures perdues, et Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec, comte de Monfa, peintre dans ses bons jours et satyre à plein temps. Très vite, le duo croise le chemin d'un mystérieux petit être difforme qui se fait appeler "l'Homme-aux-couleurs" et qui semble hanter le chemin de tous les artistes de l'époque. Car Van Gogh n'est pas le seul à être victime d'un mal étrange : pertes de mémoire, fièvre et actes inconsidérés sont également le lot de Renoir, Monet ou encore Pissaro. Aucun artiste n'est à l'abri, et nos deux héros auront fort à faire pour démêler le vrai du faux dans cette incroyable histoire.

Voici une quête bien étrange dans laquelle nous embarque Christopher Moore, qui joue avec l'histoire de l'art de façon jubilatoire (ou sacrilège, diront certains). On ne cherchera pas la vérité historique ici (même si, ne nous y trompons pas, Sacré Bleu est excellemment documenté) ; on viendra pour se délecter de la plongée dans le Montmartre de la fin des année 1800 où artistes de tout poil, prostituées, génies, bandits et absinthe se dissolvent en un cocktail explosif. Déjantée, illuminée, cette aventure fantastique est portée par le charisme grivois d'un Toulouse-Lautrec éblouissant. L'occasion de revisiter l'Histoire (et, mine de rien, de se cultiver) tout en se payant une bonne tranche de rigolade !

Sacré bleu, Christopher Moore
Éditeur : Éditions des Équateurs
Paru en mai 2015
445 pages
23.50 €
ISBN 978-2-84990-385-8

22 octobre 2014

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes, Khaled Hosseini

Dans le village de Shadbagh, Abdullah, dix ans, veille sur sa petite soeur Pari, trois ans. Entre les deux enfants, le lien est indéfectible, un amour si fort qu'il leur permet de supporter la disparition de leur mère, les absences de leur père en quête désespérée d'un travail et ces jours où la faim les tenaille. Mais un événement va venir distendre ce lien, un choix terrible qui modifiera à jamais le destin des deux jeunes vies, et de bien d'autres encore...
Coup de cœur !

Cela faisait presque un an que je rongeais mon frein pour acheter (et lire, par la même occasion) le dernier roman de Khaled Hosseini, prix prohibitif des grands formats oblige. Autant vous dire que j'était dans la librairie le jour même de la sortie en poche ! Aussitôt acquis, aussitôt lu (et j'aimerais dire aussitôt chroniqué mais que nenni, je suis une flemmasse...), et une fois de plus, mon petit cœur a chaviré le temps d'un voyage en Afghanistan.. et dans bien d'autres endroits du globe.

Car c'est un roman choral que nous propose ici Khaled Hosseini. Si le début du livre s'ouvre sur l'histoire tragique d'Abdullah et de sa petite sœur, Pari, chaque chapitre est l'occasion pour l'auteur de faire parler un personnage différent, dans une chronologie non linéaire, et de tisser la toile d'une histoire qui est bien loin de s'arrêter à ces deux protagonistes. Certains lecteurs ont été un peu perdus par ce procédé ; personnellement, j'ai adoré la virtuosité de l'auteur qui passe avec fluidité d'un récit à l'autre. Les quelques secondes d'égarement qui ont suivies le premier changement se sont rapidement transformées en ravissement : quel plaisir d'essayer de deviner qui parle le temps de quelques lignes et d'assembler soi-même les événements !

Cette quatrième de couverture est donc assez réductrice, car elle ne fait qu'effleurer la variété et la richesse de l'histoire. Abudllah et Pari servent de point de départ à une fresque géographique, temporelle et humaine qui nous emmène de l'Afghanistan aux États-Unis en passant par la Grèce et la France, des années 1970 aux années 2010. On y croise les deux jeunes enfants au quotidien difficile, mais également un chirurgien de renom, un employé de maison gardien d'un lourd secret ou encore un narcotrafiquant. Chaque trajectoire est marquante, poignante, chaque destin est un concentré d'humanité brute, dans ce qu'elle possède de plus beau et de plus sombre. 

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman tout autant que les précédents. Khaled Hosseini reprend ici les thèmes qui lui sont chers tels que le déracinement ou la trahison et construit un roman aux voix multiples qui a su me séduire de bout en bout, notamment grâce à une plume toujours très belle et une émotion parfaitement dosée. Cette lecture active a été un véritable plaisir ; espérons que l'auteur n'attende pas encore six longues années pour ressortir une telle perle !
Certaines personnes sont malheureuses comme d'autres sont amoureuses: secrètement, intensément, irrémédiablement.
Ainsi résonne l'écho infini des montagnes, Khaled Hosseini
Éditeur : 10/18
Paru en 2014
498 pages
8.80 €
ISBN 978-2-264-06349-6

09 octobre 2014

Une chanson pour Ada, Barbara Mutch

Ada naît dans les années 1930 à Cradock House, demeure de la famille Harrington. Fille illégitime de la domestique noire, elle grandit aux côtés des deux enfants du couple. Elle ne va pas à l'école, mais Cathleen Harrington, la maîtresse de maison, lui apprend à lire. Remarquant son intérêt pour la musique, cette dernière entreprend de lui enseigner le piano, en dépit des réserves de son entourage. Ada a beau s'avérer une élève assidue et une pianiste très douée, ses perspectives d'avenir semblent cependant bien limitées dans un pays où la situation entre Blancs et Noirs se durcit de plus en plus. L'année de ses dix-huit ans, alors que la politique de l'apartheid est mise en place sur l'ensemble du territoire, Ada est violée par Mr Harrington. Enceinte, elle se réfugie chez sa tante, dans un township. Son talent pour la musique et l'amitié qu'elle partage avec Mrs Harrington vont se révéler ses meilleurs alliés dans un monde où, mère d'une enfant métisse, elle n'a nulle part sa place.
J'ai aimé !

Lorsque je vais chez mes grands-parents, très régulièrement, j'adore aller fouiner dans leur bibliothèque. Je peux passer des heures le nez plongé dans les centaines de livres de poche ou dans leurs sublimes éditions au tirage limité (un jour, je vous parlerai de ce Gargantua illustré !) Les deux lisent beaucoup et ont toujours quelque chose de neuf à me conseiller. Cette fois-ci, c'est Une chanson pour Ada qui a retenu leur attention. J'avoue que de moi-même, je ne me serais pas dirigée vers ce titre à la couverture soignée mais qui me rappelle beaucoup trop des choses à la Françoise Bourdin ou Danielle Steel, bref, pas vraiment mon genre de lecture... 

Et je ne peux pas nier que la ressemblance ne s'arrête pas qu'à la couverture. Une chanson pour Ada est l'une de ces fresques historiques pleine de bons (et moins bons) sentiments, où le courage le dispute au drame et où les personnages subissent un destin incroyablement fort (mais qui, heureusement, ne s'achève pas trop abruptement.) En somme, pas de quoi réveiller chez moi une passion folle... mais je me suis finalement laissée porter par ce roman qui m'a semblé très convenu mais non dénué d'un certain charme. Il faut tout d'abord souligner que c'est le premier roman de l'auteur, et que l'on y trouve des qualités notables. Des qualités d'écriture notamment : le style est fluide, agréable, très imagé, et l'on se laisse entraîner par la mélodie de ce récit très musical. Des qualités de narration également, puisque l'auteur à choisi d'alterner deux voix : celle du narrateur et celle du journal intime de Mrs Harrington, au travers duquel s'engage une sorte de correspondance muette avec Ada. L'équilibre entre les deux est parfait, et ces quelques immersions dans les pensées de la maîtresse de maison nous aident à mieux comprendre certains éléments de l'histoire.

Je déplore en revanche la chronologie un peu chaotique : Barbara Mutch fait de nombreuses ellipses qui ne sont pas toujours clairement marquées, et l'on se surprend à découvrir qu'un personnage que l'on a quitté quelques pages auparavant a maintenant dix ou quinze années de plus. Mais c'est ce qu'il faut pour raconter en 500 pages le destin de plusieurs générations de femmes dans un pays en proie aux bouleversements les plus terribles : pauvreté, révolte, apartheid, violences raciales... La fresque historique est soignée, les personnages touchants bien qu'un peu manichéens. L'ensemble me laisse une impression positive mais malheureusement peu marquante en raison du côté trop lisse de ce joli récit qui ne sort pas assez des sentiers battus à mon goût. Une découverte sympathique, mais on est loin du coup de cœur !

Une chanson pour Ada, Barbara Mutch
Éditeur : France Loisirs
Paru en 2014
503 pages
17.50 €
ISBN 978-2-2980-8314-9

29 septembre 2014

La dernière fugitive, Tracy Chevalier

Quand Honor Bright se décide à franchir l'Atlantique pour accompagner, au cœur de l'Ohio, sa sœur promise à un Anglais fraîchement émigré, elle pense pouvoir recréer auprès d'une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker : broderie, prière, silence. Mais l'Amérique de 1850 est aussi périlleuse qu'enchanteresse ; rien dans cette terre ne résonne pour elle d'un écho familier. Sa sœur emportée par la fièvre jaune à peine le pied posé sur le sol américain, Honor se retrouve seule sur les routes accidentées du Nouveau Monde. Très vite, elle fait la connaissance de personnages hauts en couleur. Parmi eux, Donovan, «chasseur d'esclaves», homme brutal et sans scrupules qui, pourtant, ébranle les plus profonds de ses sentiments. Mais Honor se méfie des voies divergentes. En épousant un jeune fermier quaker, elle croit avoir fait un choix raisonnable. Jusqu'au jour où elle découvre l'existence d'un «chemin de fer clandestin», réseau de routes secrètes tracées par les esclaves pour rejoindre les terres libres du Canada.
Coup de cœur !

Le mois de septembre est un excellent cru, et je continue dans la lancée avec ce roman de Tracy Chevalier, une auteure découverte grâce au sublime La jeune fille à la perle. Depuis, j'ai complété sa bibliographie avec Prodigieuses Créatures et La Dame à la licorne, et j''y ai retrouvé l'atmosphère délicate et sensible qui m'avait tant séduite lors de ma première lecture. Le coup de cœur se confirme avec son nouveau roman qui diffère légèrement des précédents. Dans les trois ouvrages cités précédemment, Tracy Chevalier s'attachait en effet à raconter l'histoire d'une personne ou d'un objet connu : le peintre Vermeer, la célèbre tapisserie, la jeune fille qui a découvert un squelette de dinosaure... La dernière fugitive se distingue légèrement de ce cas de figure, puisqu'il n'est pas question ici de raconter l'histoire d'une personnalité mais bien la vie quotidienne des familles quaker qui ont émigré aux États-Unis au XIXème siècle. Cependant, comme tous ses autres titres, le récit s'appuie toujours sur des sources extrêmement variées et détaillées (il n'y a qu'à jeter un coup d'œil à la bibliographie). Ce souci du détail habite en permanence la démarche de Tracy Chevalier, et je dois dire que c'est une des raisons pour lesquelles j'apprécie autant ses romans : il n'est guère difficile de s'immerger dans l'histoire.

J'ai retrouvé dans ce titre toute la délicatesse, la pudeur et la précision de la plume de l'auteur. Je manque de mots pour décrire l'écriture qui, je le pense, pourrait me pousser à lire n'importe quoi (Tracy, si tu veux réécrire le Bottin, fais-toi plaisir). Qu'il s'agisse de l'atmosphère feutrée des salons flamands, des plages venteuses et salées ou des vastes espaces de l'Ouest, chaque ambiance est toute aussi sublime et prenante. Tracy Chevalier est un écrivain de sensations : elle met tellement de poésie et d'âme dans ses descriptions qu'il est impossible de de pas sentir ce soleil sur notre peau, de ne pas entendre le bruit du vent dans les feuilles des arbres, ou de ne pas humer le fumet de pain chaud qui sort de cette maison...

Mais si La dernière Fugitive m'a autant marqué, c'est surtout en raison des personnes et du mode de vie extraordinaires que l'auteur nous fait découvrir dans son roman : les Quakers. Avant cette lecture, ce mot n'évoquait rien pour moi, si ce n'est peut-être la vague image d'un Amish. Les deux mouvements religieux ne sont pas sans présenter des ressemblances, notamment en terme d'habillement (la modestie prime), mais les Quakers se distinguent fortement de tous les autres courants de la religion chrétienne par leur crédo et leur organisation. Pour eux, la communion avec Dieu ne se fait pas par l'intermédiaire de cérémonies religieuses, et il n'existe aucun clergé. La prière est davantage une méditation puisqu'elle consiste en un temps de silence ou chacun tente de trouver sa "lumière intérieure". J'ai été assez surprise par la ressemblance entre ces pratiques et l'éveil spirituel dont il est notamment question dans le Bouddhisme. Je vous invite d'ailleurs à consulter cette page pour en apprendre bien plus sur cette religion avant tout basée sur la Foi en soi-même. J'ai été émue aux larmes par la philosophie de vie de ces croyants qui prônent des valeurs essentielles que j'aspire moi-même à retrouver en ce moment : la simplicité, le refus de l'égoïsme et du matérialisme, l'honnêteté et la quête de la vérité... 

Il est des lectures qui nous plaisent, et d'autres qui font bien plus : elles nous inspirent. La dernière fugitive est de celles-ci.  Dans ma vie de lectrice, j'ai rarement atteint cet état quasi-magique où l'on a l'impression de lire le bon livre au bon moment, et d'être pleinement ouverte et consciente pour recevoir et comprendre ce que cette lecture peut nous offrir. Voilà pourquoi je sais déjà que La dernière fugitive m'accompagnera toute mon existence.

La dernière fugitive, Tracy Chevalier
Éditeur : Quai Voltaire
Paru en 2013
373 pages
22 €
ISBN 978-2-7103-7019-2

17 août 2014

Temudjin (one shot), Antoine Ozanam & Antoine Carrion

Au confins des steppes mongoles, le parcours initiatique d’un jeune garçon dont le destin est d’unifier le peuple mongol. Tout comme un certain Gengis Khan… (source : Planète BD)
J'ai aimé !

Antoine Ozanam n'en est pas à sa première collaboration avec Antoine Carrion. Plus connu sous le pseudonyme de Tentacle Eye, ce dernier a travaillé avec le scénariste de génie sur un autre opus aux accents asiatiques, Le Chant des Sabres, qui m'avait laissé pour le moins une impression mitigée. Mais comment résister face à cet imposant album à la couverture hypnotique ?  La réponse est simple : on ne peut pas. Sans blague, j'ai encore du mal à détacher mes yeux de cette sublime illustration qui n'est pas sans évoquer vaguement le travail des studios Ghibli. Mais il se passe quoi, dans Temudjin ?

Ozbeg le chaman a vu le futur. Il a vu l'exceptionnel destin d'un enfant qui n'est pas encore né. Alors il se rend dans un village, où la femme, mise à l'écart parce qu'accusée de porter l'enfant du démon, s'apprête à donner naissance. Elle sait que ce sera elle ou lui, alors elle s'ouvre le ventre avec une dague pour permettre à son bébé de vivre et le confie au chaman. La naissance de Temudjin n'a rien de normal, sa destinée ne l'est pas non plus. Il grandit sur les routes, aux côtés de son père adoptif qui lui porte un amour sans faille et se rend là où on a besoin de lui. Bénédictions, exorcismes : le jeune garçon mûrit petit à petit aux contact des esprits qui peuplent ce monde.


C'est donc un voyage onirique imprégné de fantastique que nous offre le duo. Les vastes steppes de la Mongolie et ses forêts profondes donnent tout le loisir à Antoine Carrion d'exprimer la virtuosité de son trait et surtout de sa palette de couleur qui fait la part belle aux contrastes. Le découpage de ces grandes pages, classique mais soigné, donne à voir au lecteur une grande variété de paysages et de cadrages. La forme est originale est un peu surprenante : le récit, d'abord sous forme de bande dessinée, se clôt (ou plutôt se dissout) dans une sorte de cahier graphique accompagné de textes.

Comme pour Le chant des sabres, je suis restée légèrement imperméable à l'histoire qui nous entraîne sur les pas de Gengis Khan et l'unification de tout un peuple, mais j'ai été en revanche fortement séduite par les dessins d'Antoine Carrion et l'atmosphère de ce récit. Je garde pourtant une vague impression d'inachevé en refermant ce bel album, dont je recommande toutefois la lecture à tous les amoureux de grandes épopées.


Temudjin, Antoine Ozanam & Antoine Carrion
Éditeur : Daniel Maghen
Paru en 2013
103 pages
18.50 €
ISBN 978-2-35674-025-0
One shot
D'autres K.BDiens : Yvan / Zaelle

24 mai 2014

L'art du chevalement (one shot), Loo Hui Phang & Philippe Dupuy

Au fond de la fosse 9 et 9 bis, Orfeo, un jeune mineur, accompagne vers la sortie Pigeon, vaillant cheval qui, après des années de labeur dans la mine, s'apprête à prendre sa retraite. Au lieu d'émerger au pied du chevalement qui surplombe le puits, Orfeo et Pigeon se retrouvent devant le musée du Louvre Lens, vide de tout visiteur. Cette mystérieuse traversée du temps, entre rêve et questionnements, demeure inexpliquée. 
Orfeo, frappé par la beauté du lieu, parcourt le musée avec son cheval. Au cours d'une déambulation suspendue, il dialogue avec les œuvres, antiques, classiques, sacrées ou audacieuses, soudain douées de vie et de mouvement.
J'ai aimé !

De l'ombre à la lumière... C'est l'heure du chevalement pour Pigeon. Après 10 ans de bons et loyaux services dans la mine, le cheval, qui n'a pas vu le jour depuis tout ce temps, est remonté à l'extérieur. Avec un peu de chance, il s'acclimatera et coulera une retraite paisible dans un pré du coin, mais il risque probablement davantage de mourir rapidement : le choc sera brutal. Orféo l'accompagne. Lui, qui a pris soin de Pigeon et travaillé à ses côtés pendant des années sera le Charon : passeur, il guidera l'animal jusqu'en sa dernière demeure. Mais à la sortie de la mine, Orféo et Pigeon ne trouvent pas le paysage habituel. Une construction de verre et de béton, vaste, silencieuse, se dresse à côté des terrils. Ils entrent.

Déambulation mélancolique dans le Louvre-Lens. A l'opposé de David Prudhomme et de sa Traversée du Louvre, pleine de visages et de vie, L'art du chevalement est un parcours empli de silences et de soupirs. Au passage d'Orféo et de Pigeon, les œuvres d'art du musée désert s'animent, se réveillent. A la fois curieuses et distantes, elles parlent d'elles-mêmes et des autres, et interrogent le jeune mineur sur son travail. Chaque rencontre attise les souvenirs d'Orféo : le sourire mystérieux du Jeune homme nu (540 av JC) lui rappelle le visage riant de son ami Dédé, les fesses de l'Hermaphrodite endormi lui évoquent les douces rondeurs d'Yvette, son amour de jeunesse. Ou comment l'art nous interroge sur notre propre vécu. 

- L’art n’a pas pour vocation d’être agréable.
- Il sert à quoi alors ?
- A rien. Rien d’utile. C’est là sa valeur. L’art permet de se défaire du monde pragmatique, du monde des tâches à accomplir. Il transporte vers l’essentiel, vers l’invisible, un lieu à part. Il est l’occasion d’un vécu intense.

Si j'ai beaucoup aimé le fond et le propos de cette BD, comme toutes les autres parues dans la collection Louvre/Futuropolis, je suis un revanche bien plus mitigée sur la forme. "L’art n’a pas pour vocation d’être agréable" : voilà une citation que l'on pourrait sans doute appliquer à L'art du chevalement... Je n'ai trouvé aucun plaisir visuel dans ce dessin mou et ces traits brouillons, sans parler de cette morne palette de couleurs qui charge le récit d'une tristesse insondable. L'histoire, déjà fort douloureuse et funèbre, se serait à mon avis bien passée de ces illustrations vaporeuses et de cette mise en case trop classique. Quelques illustrations en pleine page, à la construction plus osée, viennent parfois casser cette routine, mais elles sont malheureusement bien trop rares pour donner un véritable souffle à cet album. On le referme avec une impression de déprime et de mollesse qui prend le pas sur les questionnements pourtant intéressants qui jalonnent le récit. Même la pirouette finale, pourtant pleine de douceur, ne parvient pas à tirer L'art du chevalement de la grisaille dans laquelle il s'étouffe. Dommage, car l'idée de faire se confronter les mondes de la mine et du musée, en plus d'être originale, donne lieu à une réflexion captivante (le lecteur trouvera d'ailleurs en fin d'album un lexique comparé et sera surpris du nombre de termes partagés par les deux milieux qui semblent pourtant si distants). L'aspect documentaire, que certains jugeront trop présent, est à mon goût parfaitement contrebalancé par la perspective mystique, magique, presque incantatoire de ces œuvres d'art qui prennent vie pour guider le visiteur. Un beau voyage donc,  malheureusement pas aussi abouti dans sa forme que dans son fond.

L'art du chevalement, Loo Hui Phang & Philippe Dupuy
Éditeur : Futuropolis
Collection : Le Louvre/Futuropolis
Paru en 2013
57 pages
15 €
One shot
ISBN  978-2-7548-0958-0
D'autres K.BDiens : Mo'

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