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25 juillet 2015

The Girl at Midnight (1) : De plumes et de feu, Melissa Grey

Sous les rues de New York couve une guerre ancestrale entre les hommes-oiseaux et les hommes-dragons. Seule Écho, une jeune orpheline, pourrait y mettre fin. Pour cela elle doit trouver l'oiseau de feu, un artefact que l'on dit chargé d'un immense pouvoir. Mais elle n'est pas la seule à le convoiter. Caius, l'étrange jeune homme qui accepte de l'aider, pourrait être le plus grand danger qu'elle devra affronter.

Je vous laissais précédemment avec une belle bouse ado post-apo. N'ayant pas froid aux yeux, j'ai retenté l'expérience du Young Adult fantastique... et c'est beaucoup mieux cette fois-ci !

Pourtant, je n'aurais pas parié sur The Girl at Midnight : entre une jolie couverture tapageuse bien photoshopée et une quatrième de couverture qui promettait une amourette entre une sorte de poule et un lézard... je vous laisse imaginer mon état d'esprit en attaquant cette lecture.

Pourtant, le récit fonctionne grâce à une histoire moins tirée par les cheveux qu'elle n'y paraît et une écriture assez plaisante. Très dialogué et rythmé, le récit repose sur la juste alchimie entre l'humour et la romance qui saura faire battre les petits cœurs des plus romantiques d'entres nous. L'héroïne a un fort capitale sympathie, contrairement à cette cruche d'Eve, et les personnages sont assez creusés pour que l'on s'y attache le temps de la lecture.

Rien de très révolutionnaire avec The Girl at Midnight, mais le tout est efficace et l'on accroche. J'émets un petit bémol pour la fin un peu brouillonne (il faut peut-être ralentir un peu le café, Melissa !), mais une fois refermé, ce premier tome laisse un souvenir charmant à défaut d'impérissable. Je n'attends pas impatiemment la suite de l'histoire mais je ne manquerai pas de la lire si je tombe dessus dans le futur!

The Girl at Midnight (1) : De plumes et de feu, Melissa Grey
Éditeur : PKJ
Paru en juin 2015
338 pages
17.90 €
ISBN  978-2-266-25435-9

28 janvier 2015

Dans la forêt (one shot), Lionel Richerand

Angleterre, fin du XIXe siècle. Anna est une petite fille âgée de 11 ans, qui habite un domaine isolé au milieu des bois. Elle y vit seule avec sa mère, qui très protectrice, lui défend d’en sortir. Mais un jour, une bande de crapauds cocasses kidnappe Rose, sa poupée, et oblige ainsi Anna à s’enfoncer dans la forêt... Un seul espoir pour la revoir : embrasser l’un de ces crapauds, et soyez en sûrs, ce baiser ne la transformera pas en jolie princesse ! Un parcours initiatique commence pour la jeune fille, ponctué par d’étonnantes rencontres : un loup qui chaperonne un enfant sauvage, d’étranges animaux fantastiques, des monstres mi-animaux mi végétaux, sans oublier... la sorcière de la forêt. Anna parviendra-t-elle à retrouver Rose ? Et finira-t-elle par découvrir le secret autour de sa naissance, et la véritable raison de sa présence dans la forêt ?

Aujourd'hui, laissez-moi vous parler d'un ouvrage un peu particulier car j'en ai suivi la naissance étape par étape. Accro à l'excellente collection Métamorphose des éditions Soleil, je suis de très près l'actualité, d'autant que sa directrice, Barbara Canepa, n'est pas avare en image et en teaser... C'est ainsi qu'en 2010, elle publie le titre et quelques dessins préparatoires de Dans la forêt. Un concours est même mis en place pour choisir le coloriste : la première planche passe entre les mains de nombreuses personnes talentueuses...

En 2013, le projet voit le jour, et je l'achète aussitôt. Comme bien souvent malheureusement, ce titre reste presque un an sur mes étagère avant que je ne l'en sorte... Pourtant, je suis d'emblée séduite par l'ambiance étrange et mystérieuse de ce conte qui mêle nature, mythes et ésotérisme. L'ambiance victorienne est angoissante à souhait : nul besoin d'être en plein cœur de Londres pour l'apprécier, ce manoir isolé est parfait ! On comprend dès les premières pages que la jeune Anna est en danger, et que de sombres choses la guettent, même si elles ne sont pas toujours celles auxquelles on s'attend...

L'ambiance fantastique s'accentue lorsque la fillette pénètre dans la forêt, lieu de tous les possibles. J'admire le soin des compositions et des cadrages de ces pleines pages où Anna chemine parmi les arbres, à la fois inquiète et fascinée. Comme elle, le lecteur sent qu'il passe dans une autre dimension, qu'il se perd dans un univers où les règles du nôtre n'ont plus cours. Le dessin fourmillant de détails contribue à donner une atmosphère étrange, magique, parfois assez inquiétante, d'autres fois plutôt amusante. L'ouvrage est enrichi d'un bestiaire fantastique et, comme dans Billy Brouillard, je crois que c'est la partie qui me plaît le plus !



Pourtant, malgré tout ces points positifs, je ne suis que moyennement emballée par ce titre (je crois même que c'est ma première réelle déception avec cette collection...). La faute à un scénario qui m'a grandement laissée sur ma faim. Tout au long du récit, j'ai eu cette impression d'inachevé, comme si l'auteur ne savait pas réellement où son récit va aboutir. En dépit d'une atmosphère très soignée, l'ensemble manque de corps, et je suis parvenue à la dernière page de l'histoire en me disant qu'il manquait quelque chose. Contextualisation ? Explications ? Rebondissements ? Je ne le sais pas vraiment mais je m'attendais presque à un tome 2... En tout cas, je lirai sans aucun doute les futures publications de Lionel Richerand !

Dans la forêt, Lionel Richerand
Éditeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Paru en 2013
103 pages
17.95 €
ISBN 978-2-302-02353-6
One shot

06 novembre 2014

Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif

Énigmes, expériences scientifiques, bestioles incroyables... Donner au réel des airs de fables et installer le fantastique dans les bizarreries de notre monde, tel est le talent de Patrick Baud, brillant conteur et créateur du site Axolot. Son but : partager son étonnement face à l'étrangeté de l'univers. Boulet, Marion Montaigne et bien d'autres, offrent un magnifique écrin à cette anthologie de l'insolite.
Waouh !

Depuis 2009, Patrick Baud, fasciné par les mystères du monde qui l'entoure, tient le blog Axolot. Toutes les semaines, il se donne pour mission de porter à la connaissance de tous une énigme, un fait remarquable étonnant... pourtant bien réel. Et l'on se croirait presque sur un site de désinformation du type Le Gorafi ! Un recueil de ces histoires était déjà paru (la lecture I-DÉ-ALE pour passer des heures aux toilettes) en 2012, agrémenté de quelques illustrations de pointures de la BD comme Libon, Laurel, Boulet ou encore Manu Larcenet.

Et là, Patrick a dû se dire : tiens, si je poussais l'expérience plus loin et que je faisais d'Axolot une bande dessiné ? Excellente idée, mon cher Patrick, il aurait été dommage de s'en priver ! Résultat : 13 auteurs et scénaristes se sont emparés d'une histoire qui les a particulièrement touché pour en livrer son interprétation personnelle. Dans la liste, des habitués, tels que Boulet ou Libon, mais également des petits nouveaux (et pas des moindres) : Tony Sandoval, Guillaume Long ou Erwann Surcouf. Au programme, l'histoire de Mike le poulet sans tête, des bestiaires fantastiques, des arbres remarquables, du glauque ou encore trois Jésus Christ.

L'ensemble, un peu hétéroclite, est une véritable mine d'informations stupéfiantes, parfaites pour briller lors de vos futurs dîners mondains. On reconnaît bien la patte de chaque artiste : l'humour absurde de Libon, l'intérêt scientifique et médical de Marion Montaigne, l'étrangeté morbide de Tony Sandoval... Le seul petit bémol est à mon goût l'inégalité des récits, mais il fallait s'y attendre compte tenu de la diversité des thèmes abordés et des styles. Malgré tout, l'ensemble est d'excellente qualité ; ça se picore vite et bien, et les 124 pages passent beaucoup trop vite. La bonne nouvelle, c'est que vu le nombre d'articles sur le blog de Patrick Baud, on peut légitimement espérer d'autres tomes et de nouveaux auteurs à découvrir ! En attendant, on se replonge avec délice dans le merveilleux blog de l'auteur...


Axolot : Histoires extraordinaires & sources d'étonnement, Patrick Baud & Collectif
Éditeur : Delcourt
Paru en 2014
124 pages
19.99 €
ISBN 978-2-7560-5075-1

25 septembre 2014

À la Croisée des Mondes (1) : Les Royaumes du Nord, Philip Pullman

Ce n'était pas une vie ordinaire pour une jeune fille de onze ans : Lyra vivait, en compagnie de son daemon Pantalaimon, parmi les Érudits de Jordan Collège, passant ses journées à courir dans les rues d'Oxford à la recherche éperdue d'aventures.
Mais sa vie bascule le jour où elle entend parler d'une extraordinaire particule. D'une taille microscopique, la Poussière que l'on trouve uniquement dans les vastes étendues glacées des Royaumes du Nord - est censée posséder le pouvoir de briser les frontières entre les mondes, un pouvoir qui suscite effroi et convoitises...
Jetée au coeur d'un terrible conflit, Lyra sera forcée d'accorder sa confiance aux gitans et à de terribles ours en armure. Et, lors de son périlleux voyage vers le Nord, elle devra découvrir pourquoi son propre destin semble étroitement lié à cette bataille sans merci où s'opposent des forces que nul ne l'avait préparée à affronter.
Coup de cœur !

Chers amis, je dois vous confier que je souffre d'une terrible malédiction. Je crois que son nom est quelque chose comme la "koudkeurite". Cela fait déjà plusieurs années que je pâtis de ce sort aux symptômes très handicapants. Jugez par vous-même : je suis incapable d'écrire quelque chose de bon sur mes livres préférés. Cela n'est pas sans poser de sérieux problèmes ici puisque je fais référence à tout bout de champ à ces perles littéraires qui représentent ou ont représenté tellement pour moi... sans que vous puissiez avoir accès à ce que j'en ai finalement pensé ! Bref, j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de m'attaquer à une série qui a bercé mon adolescence et que je suis actuellement en train de relire : À la Croisée des Mondes. Ce que j'en dirai ici ne sera pas d'une qualité extraordinaire mais de toute façon, je n'en serai jamais satisfaite, alors autant y aller.

J'ai découvert cette saga peu après le blast Harry Potter (tiens, la "koudkeurite" me reprend !). Je devais avoir treize ou quatorze ans lorsque j'ai mis pour la première fois mon nez dans ce premier tome, qui m'a plu immédiatement, rien qu'en raison de sa couverture. J'avais été fortement impressionnée par les récits de Jack London et de Nicolas Vanier dans le grand Nord ; aussi, cette petite fille chevauchant un ours polaire, c'était moi tout craché, du moins ce que j'aurais voulu être. Et dès les premières pages, la magie fonctionne... L'histoire se déroule dans un univers parallèle au notre, à Oxford. L'univers dépeint est assez proche de notre XIXème siècle, à l'époque où les moteurs n'avaient pas encore envahi les rues. Sans forcément parler d'atmosphère Steampunk, on est plongés dans un monde tiraillé entre les découvertes scientifiques et les dogmes religieux, le tout saupoudré d'un peu de fantastique.

Nous marchons donc dans les pas de Lyra, une fillette de douze ans, qui grandit un peu livrée à elle-même entre les murs du Jordan Collège. Placée là après la disparition de ses parents par son oncle, le très puissant Lord Asriel, son quotidien se résume à grimper sur les toits, fouiner dans les artères souterraines, jouer des tours aux érudits et se battre dans les rues avec les enfants des gitans. Dotée d'un caractère bien trempé (parfois même insupportable), elle est autoritaire, têtue, vantarde... et très curieuse. Un soir, elle pénètre dans le Salon, réservé aux érudits ; cachée dans une penderie, elle assiste à une réunion extraordinaire à propos de la Poussière, une découverte qui agite les milieux scientifiques et ecclésiastiques. Sorte de particule lumineuse invisible à l'œil nu, elle se dépose sur les adultes mais semble éviter mystérieusement les enfants qui n'ont pas encore atteint la puberté... Existe-t-il un lien entre cette Poussière et les disparitions d'enfants qui frappent le pays ? Lorsque son ami Roger est enlevé à son tour, Lyra est embarquée dans une aventure qui la dépasse et qui la mènera aux confins du Nord, à la rencontre des Ours en armure, des dangereux Tartares et des sorcières... pour qu'éclate alors la vérité.

© BrainFreezeXx
Le génie de Philipp Pullman est d'avoir mêlé de façon si habile science et fantastique. Moi qui ai toujours eu du mal à m'intéresser à la physique par exemple, j'ai été émerveillée par cette histoire de Poussière et de particules élémentaires. Je viens d'ailleurs tout juste de commander un ouvrage intitulé Les mystères de la science dans la trilogie de Philip Pullman dont les auteurs se proposent de revenir sur les théories et découvertes scientifiques dont l'auteur s'est inspiré. Et le sujet promet d'être passionnant ! Mais ce qui fait également la force de cette trilogie et de ce premier tome, c'est la virtuosité avec laquelle Philip Pullman dresse le portrait de des protagonistes. Ils sont finalement assez peu décrits physiquement, mais on imagine sans mal à quoi ils ressemblent grâce à leur psychologie très développée, et surtout à leurs actions. Le crédo du livre pourrait être "tu es ce que tu fais..."

Lyra est une héroïne qui n'a pas un caractère évident, et son manque de maturité au début de la saga pourra en énerver plus d'un. Elle est cependant doté de grandes qualités humaines, et sa débrouillardise la sort de presque toutes les situations. Vive, agile, espiègle, elle est à la fois forte et fragile, mais surtout pas cruche pour un sou. Elle est aidé dans sa quête par une galerie de personnages tous plus incroyables les uns que les autres. Mon favori, Iorek Byrnison, est un Ours en armure banni de son royaume à qui Lyra offre la possibilité de regagner ce qu'il a perdu. Loyal, plein d'honneur, peu loquace mais toujours avisé, il se révèle un compagnon hors-pair. Et il ne faut pas oublier Pantalaimon, le plus fidèle ami de Lyra ! Pan est un dæmon, c'est à dire un petit animal qui représente en quelque sorte la partie visible de l'âme de chaque humain dans le monde créé par l'auteur. Chaque dæamon peut se transformer à volonté jusqu'à l'âge adulte, où il adopte alors une forme définitive. Je ne vous en dit pas plus sur l'importance de telles créatures ; sachez seulement qu'elles jouent un rôle capital dans l'intrigue...

En résumé donc, Philip Pullman a su créer un monde riche et foisonnant, assez complexe pour que cette lecture s'adresse autant aux adolescents qu'aux adultes. Après quelques chapitres descriptifs, le rythme est plutôt soutenu à partir de la seconde partie de ce premier tome, et le cliffhanger est haletant. J'ai particulièrement apprécié la diversité des thèmes abordés, et notamment la façon dont l'auteur oppose les théories scientifiques aux dogmes religieux. La plume vive et détaillée met en valeur ce récit qui fourmille de trouvailles originales et passionnantes, à l'image de l'aléthiomètre, une sorte de grosse boussole qui présente quatre aiguilles et trente-six symboles permettant à celui qui la maîtrise de poser des questions et d'obtenir la vérité. Je pourrai discourir encore des heures sur la richesse de ce premier tome, mais je préfère m'arrêter là et vous encourager à découvrir par vous même cette saga initiatique enchanteresse !

© The Raevyn13

À la Croisée des Mondes (1) : Les Royaumes du Nord
, Philip Pullman
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Collection : Folio Junior
Paru en 2007
500 pages
8.70 €
ISBN 978-2-07-061242-0

17 août 2014

Temudjin (one shot), Antoine Ozanam & Antoine Carrion

Au confins des steppes mongoles, le parcours initiatique d’un jeune garçon dont le destin est d’unifier le peuple mongol. Tout comme un certain Gengis Khan… (source : Planète BD)
J'ai aimé !

Antoine Ozanam n'en est pas à sa première collaboration avec Antoine Carrion. Plus connu sous le pseudonyme de Tentacle Eye, ce dernier a travaillé avec le scénariste de génie sur un autre opus aux accents asiatiques, Le Chant des Sabres, qui m'avait laissé pour le moins une impression mitigée. Mais comment résister face à cet imposant album à la couverture hypnotique ?  La réponse est simple : on ne peut pas. Sans blague, j'ai encore du mal à détacher mes yeux de cette sublime illustration qui n'est pas sans évoquer vaguement le travail des studios Ghibli. Mais il se passe quoi, dans Temudjin ?

Ozbeg le chaman a vu le futur. Il a vu l'exceptionnel destin d'un enfant qui n'est pas encore né. Alors il se rend dans un village, où la femme, mise à l'écart parce qu'accusée de porter l'enfant du démon, s'apprête à donner naissance. Elle sait que ce sera elle ou lui, alors elle s'ouvre le ventre avec une dague pour permettre à son bébé de vivre et le confie au chaman. La naissance de Temudjin n'a rien de normal, sa destinée ne l'est pas non plus. Il grandit sur les routes, aux côtés de son père adoptif qui lui porte un amour sans faille et se rend là où on a besoin de lui. Bénédictions, exorcismes : le jeune garçon mûrit petit à petit aux contact des esprits qui peuplent ce monde.


C'est donc un voyage onirique imprégné de fantastique que nous offre le duo. Les vastes steppes de la Mongolie et ses forêts profondes donnent tout le loisir à Antoine Carrion d'exprimer la virtuosité de son trait et surtout de sa palette de couleur qui fait la part belle aux contrastes. Le découpage de ces grandes pages, classique mais soigné, donne à voir au lecteur une grande variété de paysages et de cadrages. La forme est originale est un peu surprenante : le récit, d'abord sous forme de bande dessinée, se clôt (ou plutôt se dissout) dans une sorte de cahier graphique accompagné de textes.

Comme pour Le chant des sabres, je suis restée légèrement imperméable à l'histoire qui nous entraîne sur les pas de Gengis Khan et l'unification de tout un peuple, mais j'ai été en revanche fortement séduite par les dessins d'Antoine Carrion et l'atmosphère de ce récit. Je garde pourtant une vague impression d'inachevé en refermant ce bel album, dont je recommande toutefois la lecture à tous les amoureux de grandes épopées.


Temudjin, Antoine Ozanam & Antoine Carrion
Éditeur : Daniel Maghen
Paru en 2013
103 pages
18.50 €
ISBN 978-2-35674-025-0
One shot
D'autres K.BDiens : Yvan / Zaelle

27 juillet 2014

Aurore (one shot), Enrique Fernández

« Qui suis-je ? », « D’où je viens ? » ainsi commence l’incroyable histoire de la jeune Aurore. Et seul, Vokko, un mystérieux animal à la crinière ondulée, guide spirituel, semble pouvoir l’aider à y répondre. Crinière rousse flamboyante, yeux bleus, impétueuse, Aurore appartient à une tribu qui, depuis des millénaires, croit aux esprits des ancêtres, et vit de la chasse, de la pêche et de la cueillette. 
Un temps révolu. La tribu est aujourd’hui divisée : d’un côté, ceux qui ne croient plus en rien ; et de l’autre, ceux qui continuent à espérer, à lutter... Un soir, un phénomène magique, extraordinaire se produit : une lueur brillante, dorée, envahit le ciel... Quelques jours plus tard, un ruisseau scintillant traverse le village, et transforme Aurore en pierre ! Pour la sauver, ses parents décident de suivre le ruisseau pour remonter jusqu’à sa source... 
Quant à Aurore, piégée, elle doit s’efforcer d’inventer une chanson qui témoignerait de l’essence de son peuple. Une rédemption ?
Coup de cœur !

Un loup à l'air menaçant et une jeune fille aux cheveux et aux chausses flamboyants sur fond de forêt impénétrable... Lorsque mes yeux se sont posés la première fois sur cette couverture, j'ai instantanément pensé au conte du Petit Chaperon Rouge. Et si l'histoire, au final, n'a que très peu à voir avec le classique que l'on raconte aux enfants avant d'aller dormir, il s'agit cependant bien d'un conte. Un conte qui parle de changement, de transformation, de parcours initiatique, ligne directrice de la sublime collection Métamorphose dont je ne cesse de vous vanter les mérites.

L'album s'ouvre sur le loup, Vokko, qui semble s'adresser directement au lecteur : "Alors ? Tu ne sais ni qui tu es, ni d'où tu viens, c'est ça ?". Il entreprend de nous raconter le drame qui a touché notre peuple : l'amenuisement des ressources, la perte des croyances, et l'apparition brusque de ce ruisseau doré, dans lequel nous avons étourdiment plongé les mains. Ce qui s'est passé ensuite ? Le ruisseau nous a transformé en pierre, devant le regard horrifié de nos parents. Nous sommes à présent dans un monde différent, ou nous pouvons voir sans être vus, ou nous côtoyons les esprits. Moma, la chamane du village, nous confie la lourde tâche d'inventer une chanson, pour redonner la foi à la tribu. "Au fait, tu t'appelles Aurore, tu t'en souvenais ? Non ? Ça ne fait rien..."

C'est ainsi que commence le double périple de la jeune Aurore, chargée d'une délicate mission, et de ses parents partis en quête de la source du ruisseau doré. Au cours de son voyage, la fillette croisera la route de nombreux esprits et créatures magiques qui habitent les terres de son peuple, les uns bienveillants, les autres méfiants et désabusés à cause des agissements de l'Homme. Et il y a Birka, le sombre Birka, l'esprit trompeur... Envoûtant, c'est l'adjectif qui me vient immédiatement à l'esprit à propos de cet album aux accents de légendes amérindiennes et inuit. Enrique Fernández entremêle avec brio conte traditionnel et fable écologique, le tout servi par des illustrations à couper le souffle. 


J'étais déjà émerveillée par le style coloré et rebondi de l'auteur dans ses précédents travaux, L'île sans sourire et Le magicien d'Oz, mais mon cœur penche définitivement en faveur de cet album à la technique traditionnelle. Enrique Fernández, fort de ses années de travail chez Disney, excelle à la peinture numérique, mais je n'aime rien tant qu'une aquarelle délicate où l'on distingue les coups de pinceaux et le grain du papier. J'y trouve une sensibilité prodigieuse qui sert magnifiquement cette histoire où il est, finalement, surtout question d'amour. La fin, inattendue, m'a presque tiré quelques larmes. Mais n'allez pas croire qu'Aurore n'est qu'une histoire tragique : Enrique Fernández a pris soin d'y inclure une bonne pointe d'humour et d'impertinence. Aurore a un sacré caractère, et le duo qu'elle forme avec Vokko, tantôt cynique, tantôt malicieux, fait des étincelles. Cette touche plus légère se marie étonnamment bien avec la gravité du propos, et donne à l'ensemble beaucoup de vivacitéVous l'aurez compris, j'ai été conquise de A à Z par ce très bel album aux couleurs chatoyantes et à l'atmosphère enchanteresse. À lire et à relire.

Aurore, Enrique Fernández
Éditeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Paru en 2011
52 pages
15.95 €
ISBN 978-2-302-01872-3
One shot
D'autres K.BDiens : Yvan / Lunch / Zaelle

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